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		<title>Les outils du soin</title>
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		<title>La for&#234;t octobre 2002</title>
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		<dc:date>2017-04-02T17:30:56Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean Dagron</dc:creator>



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&lt;p&gt;premier &#233;pisode du roman de Jean Dagron : La voix du fleuve L'auteur arrive avec son ami Raymond dans le village de son enfance &lt;br class='autobr' /&gt; Le grand fleuve &#224; l'aube. Depuis dix ans, Raymond ne l'a plus contempl&#233;. Le lever du jour sur l'eau en mouvement, il m'en a tellement parl&#233;. Sous mes yeux, la masse liquide luit sous les reflets de la lune qui d&#233;cline. Du miroir du courant na&#238;t le gris fragile du jour, relev&#233; &#224; l'horizon de la touche rose de l'aurore. Les contours des arbres, que le vent balance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.outilsdusoin.fr/ecrits-nouvelles-poemes/la-voix-du-fleuve/" rel="directory"&gt;LA VOIX DU FLEUVE&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;premier &#233;pisode du roman de Jean Dagron : La voix du fleuve&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur arrive avec son ami Raymond dans le village de son enfance&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le grand fleuve &#224; l'aube. Depuis dix ans, Raymond ne l'a plus contempl&#233;. Le lever du jour sur l'eau en mouvement, il m'en a tellement parl&#233;. Sous mes yeux, la masse liquide luit sous les reflets de la lune qui d&#233;cline. Du miroir du courant na&#238;t le gris fragile du jour, relev&#233; &#224; l'horizon de la touche rose de l'aurore. Les contours des arbres, que le vent balance lentement, apparaissent de plus en plus proches. L'air rafra&#238;chi et le parfum de l'eau caressent le visage alors que le corps reste mouill&#233; dans le hamac. Les moustiques infestent les abords des maisons. Les singes se r&#233;fugient dans les frondaisons. Tout est pr&#234;t dans ce moment solennel o&#249; la terre attend que la clart&#233; envahisse le ciel. Un bref instant, le soleil montre sa bordure rouge avant d'&#233;merger et de jeter ses rayons. Ils vont prendre possession de la journ&#233;e. Encore quelques minutes, et le fleuve se d&#233;barrassera des nappes de brouillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imagine Raymond, enfant, par l'odeur des mangues qui envahit l'espace et par la vue de ce d&#233;cor au bord de l'eau. Deux sens me suffisent pour d&#233;placer mon corps dans son enfance. Souvent, dans les r&#234;veries qui m'habitent, depuis que je fr&#233;quente les sourds, je n'emploie plus l'audition. Le village, o&#249; Raymond a s&#233;journ&#233; &#224; plusieurs reprises jusqu'&#224; l'adolescence s'est &#233;vanoui, repris par la gigantesque mar&#233;e v&#233;g&#233;tale. Sans cons&#233;quences majeures dans ce territoire d'Am&#233;rique du Sud, on peut se demander ce qu'il resterait de la France si disparaissaient les cit&#233;s, les ch&#226;teaux et les ponts ? On a reconstruit un hameau, &#224; l'identique, le long du cours d'eau, entour&#233; de cultures et ceint par les bois, et bien s&#251;r, hors de port&#233;e des influences mal&#233;fiques que seuls les habitants connaissent. Je me repr&#233;sente Raymond balbutiant ses premiers pas entre le carbet de la cuisine collective et celui o&#249; il dormait au c&#244;t&#233; de sa m&#232;re. Les carbets, constructions habituelles, des troncs minces ou de simples branches charpentent la structure, des feuilles de palmier en guise de couverture et des lianes lient le tout. Le toit est tr&#232;s pentu, &#224; hauteur d'homme et seul le dortoir est pourvu de murs, une tradition, dit-on, venue d'Afrique, comme ce vase en c&#233;ramique empli de plantes, &#224; l'entr&#233;e. Sa m&#232;re ou l'une des femmes du clan fauchait l'espace deux fois par semaine &#224; la machette, Raymond le fit lui-m&#234;me d&#232;s qu'il en eut la force. Les cases convergeaient vers l'habitation de l'a&#239;eule. Le village d'hier, comparable &#224; celui d'aujourd'hui, l&#233;g&#232;rement sur&#233;lev&#233;, au-dessus du niveau qu'atteignent les hautes eaux &#224; la saison des pluies. Des roches plates s'&#233;talent sur le rivage envas&#233;, on y lave le linge, les corps, les ustensiles de cuisine, on y nettoie les poissons, la literie, le gibier. Raymond y plongeait avec d'autres, puis solitaire d&#232;s qu'il a su l'essentiel, les passes dangereuses o&#249; le courant pouvait l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfant, les seules limites de ce village sans barri&#232;res et sans routes r&#233;sidaient dans la force de ses jambes. Il regardait les hommes tailler l'ang&#233;lique pour les pirogues. Il parcourait, &#224; proximit&#233; des maisons, les abattis o&#249; le manioc est cultiv&#233;, son horizon ? La canop&#233;e, cette vo&#251;te, perc&#233;e de part en part d'arbres gigantesques. Quelques ann&#233;es plus tard, il marcherait dans l'inconnu, contournant les f&#251;ts des troncs parfois transform&#233;s en forteresse par les volutes de contreforts. La v&#233;g&#233;tation basse se d&#233;veloppe difficilement sous l'ombrage et le regard se porte loin dans le sous-bois, alors, levant tr&#232;s haut la t&#234;te, il distinguait &#224; peine le ciel et rien de la vie de la canop&#233;e. Minuscule dans l'immensit&#233;, l'enfant scrutait le brouhaha de la nature, il identifia le rythme propre &#224; chaque arbre, certains se d&#233;nudant tandis que d'autres se couvrent d'un &#233;pais feuillage dense, une pluie v&#233;g&#233;tale continue que chaque esp&#232;ce entretient &#224; son tour. Il avait ses pr&#233;f&#233;rences. L'orange de la fleur de balisier au milieu de ses feuilles vertes qui se marie avec le tapis brun des feuilles mortes et les autres nuances, infinies, de verts et certains jours le tableau qui se compl&#232;te de l'&#233;vaporation ajoutant des effets de &#171; for&#234;t &#224; nuages &#187;. La faune &#233;tait invisible et pour Raymond que le craquement des bois ne renseigne pas, &#233;galement inaudible. &#192; la chasse il accompagnait les adultes et cr&#233;ait des rep&#232;res visuels pour garder le chemin de retour. La p&#234;che, il l'a vite pratiqu&#233;e seul et il fournissait r&#233;guli&#232;rement la communaut&#233; en poissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s hier. Une succession d'images d&#233;filent, d&#233;crivant un pays inhabituel. Apr&#232;s l'a&#233;roport, les quatre heures de voyage empruntent l'unique acc&#232;s bitum&#233;, parall&#232;le &#224; l'oc&#233;an, qui traverse la Guyane. L'estuaire franchi au d&#233;part de Cayenne, des champs, de longues &#233;tendues de broussaille, la for&#234;t &#233;paisse et continue avant le pont sur le fleuve Kourou puis passage d'un barrage, fronti&#232;re interne dans le territoire Guyanais. Les gendarmes contr&#244;lent les v&#233;hicules &#224; l'entr&#233;e d'un petit bourg o&#249; nous faisons une pause, le temps pour moi de d&#233;couvrir les maisons cr&#233;oles, des cultivateurs M'homgs qui vendent leurs l&#233;gumes et rappel que le territoire fut une vaste prison, l'&#233;glise d&#233;cor&#233;e par un ancien bagnard. Encore une heure de voiture, la route, tunnel ombrag&#233; traverse la jungle envahissante puis s'ouvre &#224; l'arriv&#233;e pr&#232;s du grand fleuve. Enfin le d&#233;barcad&#232;re, une petite foule s'agite pour d&#233;charger essence, viandes ou riz venant plus ou moins l&#233;galement d'Albina, la premi&#232;re ville du Surinam que l'on aper&#231;oit sur l'autre rive. Le soleil tape dur. Nous mettons nos bagages dans de grands barils blancs aux couvercles rouges. Puis la pirogue remonte le cours d'eau. Elle file quelques dizaines de minutes avant que le conducteur ne braque brutalement et acc&#233;l&#232;re entre des piquets qui &#233;mergent de l'eau, pour &#233;chouer le bateau sur le sable. L'oncle de Raymond nous accueille, un vieil homme, ensemble de n&#339;uds durs et secs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est Ndjuka, l'un des peuples appel&#233;s noirs marrons, en r&#233;f&#233;rence &#224; leur r&#233;sistance acharn&#233;e, durant des d&#233;cennies, contre l'esclavage. Le lien solide entre les deux hommes m'appara&#238;t dans l'instant. Lors de ses ann&#233;es d'&#233;loignement sur le continent europ&#233;en, le neveu envoyait une lettre par mois. L'oncle se les faisait lire par un voisin puis dictait deux ou trois phrases en guise de r&#233;ponse. Le temps de leurs retrouvailles n'en finit pas. Raymond se presse, semblable &#224; l'homme assoiff&#233; qui cherche de l'eau. En les observant, j'ai r&#233;alis&#233; ce que mon ami lui devait. Cet homme l'a &#233;lev&#233;, sans volont&#233; de possession, avec le d&#233;sir de transmettre un &#233;lan de vie. On le devine encore dans ce corps mobilis&#233; tout entier pour le dialogue. Il confie l'&#233;change au regard, il s'assure en permanence de la bonne compr&#233;hension, et au contact de la peau, il effleure de la main pour avertir ou ponctuer son discours. Ce souci de l'autre, je l'avais d&#233;j&#224; remarqu&#233; dans la gestuelle de mon compagnon. Empreinte du silence de celui qui, n'entendant pas, &#233;vite de produire un bruit qu'il ne mesure pas. La vue et le mouvement du neveu entrent en &#233;cho &#224; la vue et au toucher du patriarche. Un dialogue aux paroles rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La case de l'oncle se situe le long de la muraille d'eau verte de la jungle, le chemin pour y acc&#233;der, une succession d'orni&#232;res et de creux form&#233;s par les averses. Assis sous la petite varangue je me laisse bercer par le discours du vieil homme qui coule sans fin comme une source dont on vient de lever le barrage qui l'a retenu trop longtemps. &#8211; Lorsque ton p&#232;re a rencontr&#233; ta m&#232;re, ma s&#339;ur, celle-ci avait d&#233;j&#224; re&#231;u le don du pagne. Elle pouvait cultiver son propre abattis, diff&#233;rent de celui de ta grand-m&#232;re, et aussi choisir ses relations sexuelles puisqu'elle d&#233;passait les dix-huit ans. La grossesse de ma s&#339;ur connue, je suis all&#233; trouver ton p&#232;re, pour l'inciter au mariage. Les ann&#233;es suivantes, il a renouvel&#233; l'abattis. Il n'a rien fourni d'autre &#224; ta m&#232;re, ni lit ni ustensiles de cuisine, pas m&#234;me le minimum : sel, savon et huile pour la lampe, exig&#233;s par la tradition. Un jour il est parti sur la Tapanahony construire des pirogues. Nous n'avons plus jamais eu de ses nouvelles. &#192; partir de ce moment, le r&#244;le traditionnel des oncles maternels dans l'&#233;ducation des enfants, je l'ai particuli&#232;rement investi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les ans, je d&#233;frichais un nouvel abattis pour ma femme en Guyane et un autre pour ma s&#339;ur dans son village du Surinam. Je les fertilisais avec les cendres du br&#251;lage de la v&#233;g&#233;tation et elles y cultivaient le manioc et le transformaient en couac ou en cassave. Les enfants appartiennent aux femmes. Ta m&#232;re t'a nourri. Rapidement, elle s'est adapt&#233;e &#224; une situation &#233;trange : de dos, tu ne r&#233;agissais pas &#224; son appel et plus tard, aucun mot ne sortait de ta bouche. Instinctivement, elle pointait tous les objets, sans crier fort pour les nommer. Elle te montrait, sans plus de discours, les gestes pour cuisiner et pour p&#234;cher. Raymond hoche la t&#234;te. Il se souvient. Sa m&#232;re palliait les manques, toujours vigilante et complice, sans qu'aucune parole ne f&#251;t &#233;chang&#233;e. Cet enfant insolite par son regard fixe, son sourire inattendu, d&#233;sar&#231;onnait aussi l'oncle. Il avait &#171; l'impression que... &#187; Il cherche ses mots avant de d&#233;crire, par un geste, une bulle autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon tour, je hoche la t&#234;te. Cette myst&#233;rieuse fronti&#232;re invisible trac&#233;e autour du corps, faite de verre transparent, je la sais infranchissable pour ceux qui ne s'expriment qu'avec les sons. Je laisse les deux hommes rentrer dans la case pr&#233;parer le repas. Un l&#233;ger mouvement d'air lutte contre la chaleur dense et humide. J'ai remarqu&#233; les mains de l'oncle. Larges, aux doigts &#233;pais, couverts de nombreuses cicatrices, le genre de mains qui me fascinent depuis mon enfance. Immanquablement, je pense &#224; celles d'un de mes cousins. Il les agitait autour de son visage en marchant de long en large dans la cuisine de la ferme familiale. &#8211; Regarde-les. Elles ont cinq doigts. Ton grand-p&#232;re et ceux de sa g&#233;n&#233;ration ont tous perdu des doigts, un ou deux. Les miennes, tu les vois intactes et tu sais pourquoi ? Les patrons ont install&#233; des protections sur les machines. Non qu'ils soient devenus brusquement g&#233;n&#233;reux. C'est l'augmentation des indemnit&#233;s qu'ils devaient verser en cas d'accident de travail qui les a incit&#233;s &#224; investir dans la pr&#233;vention. Ses mains m'impressionnaient, elles ont grav&#233; le contenu du discours dans un repli de mon cerveau d'enfant. Un &#233;pisode que j'avais d&#233;j&#224; rapport&#233; &#224; Raymond qui lui m'avait confi&#233; en retour des &#233;v&#232;nements marquants de son pass&#233;. Ils me reviennent &#224; l'esprit lors de cette soir&#233;e amazonienne. Par exemple, la d&#233;couverte d'un interdit. Une fois par mois, durant deux &#224; trois jours, sa m&#232;re ne s'asseyait pas &#224; table pour manger, mais &#224; terre ou sur une petite chaise. Elle ne pr&#233;parait plus le repas pour tout le monde et ne dormait plus dans son hamac. Elle se retirait dans un carbet r&#233;serv&#233; aux femmes, le temps des r&#232;gles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques phrases de l'oncle, les confidences de Raymond, la d&#233;couverte de ce territoire, petit &#224; petit l'enfance de mon ami se dessine. Pour les noirs marrons, le fleuve ne constitue pas une fronti&#232;re et leur pirogue les m&#232;ne d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre. L&#224; un champ, l&#224; une &#233;picerie, Surinam ou Guyane peu importe, c'est le pays du Maroni. Vers l'&#226;ge de sept ans, Raymond a s&#233;journ&#233; dix-huit mois dans le village maintenant disparu de l'oncle sur la rive guyanaise, tout proche de l'endroit o&#249; nous sommes. Il fr&#233;quentait l'&#233;cole &#224; une demi-heure de pirogue de leur carbet. Il &#233;tudiait, isol&#233;, ne comprenant ni le ma&#238;tre, ni les conversations des autres enfants, il manipulait les lettres et apprit &#224; les assembler en mots. Il v&#233;rifiait et contr&#244;lait dans les livres d'images, seul, puis avec le professeur. Cette attitude r&#233;aliste, une fois adulte, il l'a maintenue et th&#233;oris&#233;e. Mesurer les impossibilit&#233;s et en tirer les cons&#233;quences. Dans le cas de l'&#233;cole, faire semblant de comprendre ne servait &#224; rien sinon &#224; perdre temps et dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le d&#238;ner, l'oncle poursuit son monologue. &#8211; J'&#233;tais &#233;tonn&#233; de tes progr&#232;s en lecture, moi je n'ai jamais r&#233;ussi &#224; lire. Je t'ai montr&#233; un livre et t'ai demand&#233; comment faire. Je me souviens encore de ta r&#233;ponse. Tu m'as souri. Tu as articul&#233; avec ta dr&#244;le de petite voix. &#171; Un mot c'est... &#187;. Tu as attrap&#233; un bout de bois mort. &#171; Pas&#8230; &#187;. Tu m'as d&#233;sign&#233; un arbre puis une cabane. En &#233;coutant le vieil homme, j'en d&#233;duis que les morceaux de bois, mati&#232;res inertes, sans racines, on les assemble. Les mots, on en fait de m&#234;me. Appara&#238;t alors une maison que l'on habite ou un &#233;crit que l'on comprend. &#8211; L'instituteur admirait ta rapidit&#233; &#224; saisir la signification d'un texte et s'interrogeait sur ta fermeture aux jeux de mots ou aux phrases &#224; plusieurs sens. Raymond m'avait expliqu&#233; que les pages, il n'en avait pas manqu&#233; : l'&#233;tendue du fleuve, les pierres plates, les nuages blancs. Les signes, il les lisait dans le dessin des racines courant sur le sol, le mouvement des arbres ou l'empreinte des insectes. Les rochers, la v&#233;g&#233;tation, il les reliait en un tout. Quand lui &#224; son tour voulait &#233;tablir une signification, il l'&#233;crivait en donnant de l'&#233;clat aux fl&#232;ches de pierre, aux plantes, aux rouleaux d'&#233;corces, qu'il fa&#231;onnait longuement. Il proc&#233;da de la m&#234;me mani&#232;re, &#224; l'&#233;cole, en d&#233;cryptant les pages. Les nouveaux signes, ces traces sur la feuille de papier, il les associait, des allusions se d&#233;voilaient et des univers se r&#233;v&#233;laient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu &#233;tais secret et malgr&#233; tout tu t'int&#233;grais sans effort. Au village am&#233;rindien proche de l'&#233;cole, chez l'un, chez l'autre, tu tirais des fl&#232;ches, participais aux danses, aux f&#234;tes. Le premier blanc, tu l'as vu lors d'un deuxi&#232;me s&#233;jour de six mois chez moi. Tu avais dans les dix ans. Tu t'es cach&#233; puis tu es venu m'avertir. Deux familles s'&#233;taient install&#233;es. Tu as observ&#233; leur nourriture, leur comportement. Rapidement, leurs enfants ont jou&#233; avec ceux du village. Ils comparaient leurs couleurs de peau. Les Am&#233;rindiens ont appris aux blancs &#224; danser et &#224; colorier les corps. Les blancs leur ont donn&#233; des v&#234;tements. Auparavant, tu n'en portais pas souvent. Jusqu'&#224; l'&#226;ge de dix ans, tu ne connaissais que la for&#234;t. Quand tu m'as accompagn&#233; &#224; la ville pour m'aider dans mon travail de menuisier, les maisons, surtout celles &#224; &#233;tages, t'ont m&#233;dus&#233;. Lors de ce s&#233;jour, tu as rencontr&#233; une femme sourde qui avait deux enfants, dont un sourd de ton &#226;ge. Je ne t'avais jamais vu aussi heureux. Tu t'en souviens sans aucun doute !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ma deuxi&#232;me naissance. J'ai appris &#224; signer en trois mois. &#8211; Oui tu r&#233;clamais toujours de retourner chez eux. Raymond m'avait racont&#233; le r&#244;le de cette femme qui lui avait fait prendre conscience qu'il &#233;tait sourd. Plusieurs apr&#232;s-midis par semaine des parents lui confiaient leurs enfants en &#233;change d'un peu de nourriture. Quand un petit arrivait, habitu&#233; &#224; rester &#224; l'&#233;cart dans son entourage entendant, le regard fuyant, elle l'appelait &#224; la fa&#231;on sourde puis il devait appeler de la m&#234;me mani&#232;re un autre enfant. Dans cette &#233;cole officieuse, cette personne simple sans formation a sorti plusieurs enfants de leur isolement et Raymond y v&#233;cut des moments merveilleux. L'oncle &#233;voque maintenant l'adolescence de son neveu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;prochain &#233;pisode dans quinze jours...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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