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	<title>Les outils du soin</title>
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		<title>Les outils du soin</title>
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		<title>CR du caf&#233; cordel du 29 Janvier 2016 consacr&#233; &#224; la S&#233;cu, avec Bernard Friot</title>
		<link>https://www.outilsdusoin.fr/rencontres-et-cafes-cordels/article/cr-du-cafe-cordel-du-29-janvier-2016-consacre-a-la-secu-avec-bernard-friot</link>
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		<dc:date>2016-05-03T20:06:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Friot, Martine Lalande</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Merci &#224; Bernard Friot pour avoir bien voulu animer notre d&#233;bat, avec sa connaissance du sujet, son engagement. Merci de sa disponibilit&#233;, de la gentillesse avec laquelle il a bien voulu amender notre projet de compte rendu. Merci &#224; Martine pour la qualit&#233; du travail consid&#233;rable qu'elle a fourni, en plus de ses obligations professionnelles et de ses autres engagements militants, pour d&#233;crypter et r&#233;diger ce CR.... &lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard Friot 29 janvier 2016 &#224; Paris Intro ML Intro MC BF : J'ai conscience (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.outilsdusoin.fr/rencontres-et-cafes-cordels/" rel="directory"&gt;Rencontres et caf&#233;s-cordels&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Merci &#224; Bernard Friot pour avoir bien voulu animer notre d&#233;bat, avec sa connaissance du sujet, son engagement. Merci de sa disponibilit&#233;, de la gentillesse avec laquelle il a bien voulu amender notre projet de compte rendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Merci &#224; Martine pour la qualit&#233; du travail consid&#233;rable qu'elle a fourni, en plus de ses obligations professionnelles et de ses autres engagements militants, pour d&#233;crypter et r&#233;diger ce CR....&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Friot&lt;br class='autobr' /&gt;
29 janvier 2016 &#224; Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
Intro ML&lt;br class='autobr' /&gt;
Intro MC&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : J'ai conscience de la responsabilit&#233; d'intervenir en ce lieu qui a &#233;t&#233; chant&#233; par Perec, le caf&#233; de la mairie pr&#232;s de l'&#233;glise St Sulpice. Une &#233;glise o&#249; en ce moment r&#233;p&#232;tent 400 choristes pour la messe en ut mineur de Mozart (je viens d'y faire un tour et &#231;a a de la gueule les ch&#339;urs et cymbales dans la nef baroque) et o&#249; Delacroix a peint ce tableau tr&#232;s c&#233;l&#232;bre de la lutte de Jacob avec l'ange. Vous connaissez ce passage de la Gen&#232;se dans lequel Jacob, qui fuit son fr&#232;re Esa&#252; qui veut le tuer, est arr&#234;t&#233; dans sa fuite par un personnage myst&#233;rieux qui refuse de lui dire son nom et va le retenir toute la nuit : il finira de cette lutte &#224; la fois bless&#233; (il repartira boiteux) et vainqueur. Bref s'exprimer dans ce contexte pousse &#224; mettre ses pieds dans les traces des anciens - et encore, Martin vient de remonter tr&#232;s loin, au XIII&#232;me si&#232;cle avec la charte anglaise initiatrice des communs : nous sommes des peuples de vieille culture et il s'agit d'&#234;tre &#224; la hauteur. C'est une responsabilit&#233; permanente dont il faut que nous soyons conscients car nous sommes beaucoup trop dans la d&#233;nonciation, la d&#233;ploration : tout fout le camp, le p&#233;ril du Front National etc. Je pense que tout cela ne sert &#224; rien, que c'est de notre sens de la responsabilit&#233; collective et de notre d&#233;termination &#224; poursuivre la lutte de classes de nos anciens que d&#233;pend l'avenir, de la sant&#233; comme du reste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette lutte des classes, qu'a-t-elle initi&#233; en mati&#232;re de sant&#233; ? Comment retrouver notre dignit&#233; collective de peuple pr&#233;tendant &#224; la souverainet&#233; sur le travail, sur la production, contre le parasitisme de la classe dirigeante ? Ce qu'inaugure 1945 ce n'est pas la S&#233;curit&#233; sociale, tout existe d&#233;j&#224; en 1945 : l'assurance maladie et l'assurance vieillesse existent depuis 1930, le r&#233;gime des fonctionnaires existe depuis 1853, les allocations familiales existent depuis 1917 dans la fonction publique, depuis 1932 dans le priv&#233;, les accidents du travail sont reconnus depuis 1898, les mutuelles existent depuis le d&#233;but du XIX&#232;me, les r&#233;gimes sp&#233;ciaux (SNCF et autres) sont en place, les r&#233;gimes des collaborateurs qu'il va falloir vite &#233;videmment d&#233;baptiser, on les appellera cadres, en 1945, existent aussi. Tout existe. En 1945 toutes ces institutions de s&#233;curit&#233; sociale sont dans un embrouillamini qui est exactement l'actuel : nous ne savons plus tr&#232;s bien quels sont les concours des diff&#233;rentes institutions, leurs financements, qui les g&#232;re&#8230;C'est la m&#234;me foire en 1945.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est l'acte r&#233;volutionnaire de 1945 ? Ce n'est donc pas de cr&#233;er la S&#233;cu, puisque tout existe. C'est de cr&#233;er le R&#233;gime G&#233;n&#233;ral de la S&#233;curit&#233; sociale. Il est r&#233;volutionnaire en ce qu'il est 1) unique, 2) financ&#233; par une cotisation interprofessionnelle &#224; taux unique et suffisante pour collecter d&#232;s le d&#233;part le tiers de la masse salariale, l'&#233;quivalent de la moiti&#233; du budget de l'Etat, 3) g&#233;r&#233; par les travailleurs eux-m&#234;mes. Voil&#224; donc la capacit&#233; des travailleurs, organis&#233;s on va voir par qui et comment, car la question se pose pour nous : quelle est notre capacit&#233; aujourd'hui de faire alternative &#224; la folie capitaliste ? La r&#233;ponse de nos anciens est : il faut s'approprier une part d&#233;cisive de la valeur (pas quelques pans de la valeur dans une esp&#232;ce d'exaltation du &#171; small is beautiful &#187;, de la proximit&#233;, etc.) par des institutions macrosociales g&#233;r&#233;es par les travailleurs eux-m&#234;mes (&#224; l'&#233;poque &#233;lus tous les cinq ans et avec des conseils d'administration qui &#233;lisaient les directeurs, un dispositif relativement d&#233;mocratique, &#233;lectif avec des hi&#233;rarchies &#233;lues) et qui vont donc g&#233;rer au d&#233;part le tiers de la masse salariale, la moiti&#233; du budget de l'Etat. Lorsque cette exp&#233;rience formidable est mise &#224; bas en 1960 par de Gaulle, qui est l'adversaire num&#233;ro un du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la S&#233;curit&#233; sociale, on en est &#224; l'&#233;quivalent du budget de l'Etat&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral s'oppose aux logiques d'entreprise ou de branche qui laissent tout le pouvoir aux patrons (c'est pour cela que l'on veut aujourd'hui en revenir &#224; l'accord d'entreprise comme c&#339;ur de droit du travail). C'est une logique r&#233;solument nationale au sens d'interprofessionnelle avec un taux unique. Quelle que soit l'entreprise, le taux est le m&#234;me, ce qui est d&#233;cisif pour constituer un salariat. Les r&#233;volutionnaires de 1945 trouvent, par exemple en mati&#232;re d'allocations familiales, des centaines de caisses g&#233;r&#233;es exclusivement par les employeurs et dont le taux de cotisation va de 3 &#224; 17% du salaire brut : les allocations familiales ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es certes par la loi en 1932 (en 1917 dans la fonction publique mais l&#224; je parle du priv&#233;) et en 1936 les occupations d'usines ont abouti &#224; des accords dans lesquels les patrons, pour refuser la totalit&#233; de la revendication de hausse des salaires, ont donn&#233; des allocations : par exemple l&#224; o&#249; il y avait une revendication de 20% de hausse des salaires, l'accord de fin de gr&#232;ve donnait 10% de hausse des salaires et 10% de cotisations familiales. Donc en fonction de la conflictualit&#233; des entreprises, les taux vont de 3 &#224; 17%. Les r&#233;volutionnaires mettent tout &#224; 12% en 1945 et puis le taux montera jusqu'&#224; 16% du salaire brut en 1948. Cela signifie qu'il n'y a pas de droits salariaux diff&#233;rents d'une entreprise &#224; l'autre. On peut constituer un salariat unifi&#233;, et la sous-traitance devient beaucoup moins utile et moins possible. En effet, l'origine de la sous-traitance qui d&#233;truit les collectifs de travail et la solidarit&#233; au travail est dans le fait que les droits ne sont pas les m&#234;mes pour tous. L'employeur va chercher des sous-traitants porteurs de moins de droits, parce que leur convention collective est moins avantageuse, que ses propres salari&#233;s. Si nous avons des taux uniques partout, ou une convention collective unique (ce &#224; quoi il faudrait arriver) la sous-traitance n'a plus de raison d'&#234;tre et la destruction du collectif de travail qu'elle op&#232;re de fa&#231;on extr&#234;mement mortif&#232;re non plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc l'acte r&#233;volutionnaire de 1945 consiste dans l'institution d'un r&#233;gime &#224; taux unique, &#224; gestion ouvri&#232;re et qui concerne tous les risques et toute la population. Car pour constituer une alternative &#224; la logique du capital, il faut constituer une classe r&#233;volutionnaire, il n'y a pas d'autre solution comme nous le montre la longue histoire de la victoire de la classe bourgeoise, classe r&#233;volutionnaire contre l'aristocratie. Dans l'alternative &#224; l'aristocratie qui d&#233;marre au XIII&#232;me si&#232;cle, la bourgeoisie a comme ambition de remplacer la classe dirigeante de l'&#233;poque dans la production de valeur &#224; travers des conflits infinis, parfois en gagnant parfois en &#233;tant battue. Cela va durer plusieurs si&#232;cles, jusqu'au XVIII&#232;me si&#232;cle qui est le triomphe de la bourgeoisie sur l'aristocratie, ponctu&#233; en France par 1789 mais c'est un dispositif que l'on va retrouver un peu partout. Cette dynamique suppose qu'une classe, un sujet politique se constitue, s'unifie, produise autrement (la production capitaliste n'est pas la production f&#233;odale), marginalise progressivement le mode de production ant&#233;rieur et la classe qui en &#233;tait porteuse (mais sans mettre derri&#232;re le mot progressif l'id&#233;e que par un r&#233;formisme tranquille on peut passer &#224; autre chose sans une bagarre permanente avec des avanc&#233;es et des reculs). Rien de nouveau ne se fait en dehors de cette constitution d'une classe r&#233;volutionnaire qui a comme ambition de ma&#238;triser toute la production, selon des modalit&#233;s autres que celles de la classe qu'elle entend remplacer. Les modalit&#233;s de production de la valeur &#233;conomique dans la logique capitaliste se sont impos&#233;es du XIII&#232;me au XVIII&#232;me si&#232;cle pour triompher fin XVIII&#232;me d&#233;but XIX&#232;me. La bourgeoisie a alors commenc&#233; &#224; s'affronter &#224; une alternative, la classe ouvri&#232;re, qui entreprend de la marginaliser. Ce que je dis est une mauvaise nouvelle pour ceux qui attendent le grand soir ou qui se disent &#171; je ne voudrais pas mourir avant d'avoir vu la fin du capitalisme &#187; : je crois qu'il faudra accepter comme Jacob que la bataille avec l'ange nous laisse boiteux et pr&#234;ts &#224; continuer de marcher&#8230; mais c'est une bonne nouvelle pour tous ceux qui, ayant renonc&#233; &#224; cette lecture romantique du &#171; nous ne sommes rien, soyons tout &#187;, peuvent mesurer qu'il y a des institutions r&#233;volutionnaires qui existent d&#233;j&#224;, que la classe r&#233;volutionnaire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se constituer et qu'elle a d&#233;j&#224; remport&#233; des victoires sur lesquelles nous appuyer pour aller plus loin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Remporter une victoire c'est pouvoir instituer une alternative. Instituer, c'est construire des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels : des caisses, une socialisation de la valeur, un mode de gestion, et c'est aussi produire des repr&#233;sentations qui changent en g&#233;n&#233;ral apr&#232;s et beaucoup plus lentement que les institutions. Par exemple 1945 inaugure une nouvelle production de la sant&#233; alors qu'aujourd'hui encore aussi bien les soignants que les soign&#233;s consid&#232;rent qu'il y a d&#233;pense de sant&#233; et non pas production de sant&#233;. C'est comme si on disait qu'il y a d&#233;pense d'automobiles et non pas production d'automobiles, ce qui parait absurde. Le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral tel que je l'ai d&#233;fini va assumer dans les ann&#233;es soixante la mutation consid&#233;rable de l'appareil sanitaire que repr&#233;sente la sanitarisation de l'appareil hospitalier (qui &#233;tait un mouroir globalement jusque dans les ann&#233;es cinquante), en partant des CHU (imaginez ce que c'est que de salarier l'&#233;lite du corps m&#233;dical) jusqu'aux hospices, transform&#233;s dans les ann&#233;es soixante-dix en h&#244;pitaux locaux. En passant par l'int&#233;gration de la psychiatrie dans l'assurance maladie alors qu'elle relevait de l'aide sociale (jusqu'en 1970 les maladies de plus de 3 ans n'&#233;taient pas couvertes par l'assurance maladie). A cette mutation de l'appareil hospitalier s'ajoute une mutation de la m&#233;decine de ville avec le conventionnement &#224; partir de 1961. Jusqu'en 1961, les m&#233;decins de ville, parce qu'ils refusent une convention avec l'assurance maladie, sont rembours&#233;s par les tarifs de responsabilit&#233; (qui ne repr&#233;sentent rien du tout, comme le remboursement des lunettes par la S&#233;cu aujourd'hui) : la m&#233;decine ambulatoire, inaccessible &#224; la population populaire, est assum&#233;e par la sant&#233; publique des offices d'hygi&#232;ne sociale dans les ann&#233;es trente et puis par ce que le gouvernement de Vichy met en place en mati&#232;re de PMI, de sant&#233; scolaire, etc. qui sera poursuivi &#224; la Lib&#233;ration. C'est donc &#224; partir des ann&#233;es soixante que la population dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; acc&#232;de &#224; la m&#233;decine ambulatoire lib&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui rend possible cette mutation formidable des ann&#233;es soixante ? C'est pr&#233;cis&#233;ment la mise en place d'un r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de S&#233;curit&#233; sociale, qui permet de collecter une part consid&#233;rable de la valeur. La sant&#233;, c'est aujourd'hui 200 milliards, 240 avec les m&#233;dicaments, encore produits h&#233;las de fa&#231;on capitaliste. A cette hauteur de socialisation de la valeur, il va &#234;tre possible d'inventer une fa&#231;on de produire la sant&#233; alternative &#224; la fa&#231;on capitaliste, avec un salaire &#224; vie pour les soignants, et donc pas de march&#233; du travail, et le subventionnement de l'investissement, et donc pas d'appel au march&#233; des capitaux. Produire autrement avec d'autres institutions que celles du capital, c'est cela &#234;tre r&#233;volutionnaire. J'examine successivement le salaire &#224; vie des soignants et le financement de l'investissement sans cr&#233;dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le salaire &#224; vie prend deux formes extr&#234;mement int&#233;ressantes pour l'avenir : celle de la fonction publique, et celle des lib&#233;raux. Dans la fonction publique hospitali&#232;re comme dans toute fonction publique, le personnel est pay&#233; non pas pour son poste mais pour son grade. Ce n'est pas le poste de travail qui est le support du salaire ni de la qualification, c'est la personne elle-m&#234;me. C'est pour cela qu'il y a salaire &#224; vie. Parce que ce n'est pas le poste qui est pay&#233;, c'est la personne &#224; travers son grade. Ce grade, c'est un attribut de la personne qui ne s'&#233;puise pas avec la fin du service, qui va jusqu'&#224; la mort. La pension de retraite est la poursuite du dernier salaire. Un salari&#233; &#224; vie ne passe jamais par le ch&#244;mage. D'ailleurs tous les r&#233;formateurs depuis Rocard essaient d'introduire le ch&#244;mage, de faire un salaire &#224; la prime, c'est-&#224;-dire au poste. C'est dans l'ordre des choses, il n'y a pas &#224; s'en &#233;tonner. Le seul probl&#232;me est que nous soyons impuissants face &#224; cette hargne contre le salaire &#224; vie, anticapitaliste puisqu'il supprime le chantage &#224; l'emploi et la subordination &#224; l'employeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me innovation tr&#232;s int&#233;ressante, ce sont les soignants lib&#233;raux, des travailleurs ind&#233;pendants eux aussi en salaire &#224; vie. Il suffit de comparer un avocat, un architecte et un toubib, un architecte et un infirmier lib&#233;ral, il n'y a pas photo. Un infirmier lib&#233;ral s'installe et il a tout de suite une patient&#232;le parce que sa patient&#232;le est solvabilis&#233;e, et lui-m&#234;me est pay&#233; par cette socialisation de la valeur qu'op&#232;re l'assurance maladie avec qui il passe convention. Alors que l'architecte va vivre difficilement jusqu'&#224; 45 ans sauf s'il est gratte-papiers d'un notable de la profession. Nous avons une invention extr&#234;mement int&#233;ressante du travail ind&#233;pendant. C'est pour cela que je suis contre les mots d'ordre de salarisation des m&#233;decins lib&#233;raux. Il s'agit de supprimer le secteur 2 bien s&#251;r, de supprimer les d&#233;passements d'honoraires, et de r&#233;honorer le secteur 1. L'invention du travail ind&#233;pendant prot&#233;g&#233; du capital dans l'assurance maladie est porteuse d'avenir pour tous ceux qui cherchent dans l'&#233;conomie collaborative une forme d'ind&#233;pendance absolument illusoire. C'est une urgence. A la fois il faut saluer cette aspiration de la jeunesse &#224; ne pas avoir d'employeur et en m&#234;me temps il faut l'assumer &#224; partir de la seule exp&#233;rience que nous ayons de travailleur ind&#233;pendant qui ait sens, celle des soignants lib&#233;raux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Insistons sur ce point. L'assurance maladie supprime cette institution majeure du capital qu'est le march&#233; du travail. Alors que nous sommes les seuls producteurs de valeur, il faut que nous qu&#233;mandions un emploi &#224; un propri&#233;taire de l'outil de travail, que nous nous transformions en demandeurs alors que nous sommes les seuls offreurs, et que nous int&#233;riorisons le fait que nous sommes des mineurs sociaux. Le march&#233; du travail est une institution extr&#234;mement violente du capital que pr&#233;cis&#233;ment aussi bien la fonction publique hospitali&#232;re que le conventionnement en secteur 1 des soignants lib&#233;raux remplacent par une toute autre logique de mobilit&#233; professionnelle, qui ne passe pas par le chantage &#224; l'emploi et la subordination &#224; l'employeur. Il y a l&#224; un mod&#232;le &#224; g&#233;n&#233;raliser pour tous ceux qui aujourd'hui &#224; juste ne veulent pas passer par le march&#233; du travail, refusent le chantage &#224; l'emploi mais le font au prix du bricolage avec le RSA, au prix d'un abaissement de l'ambition de reconnaissance salariale, en disant &#171; ah si on avait un revenu de base de 500 balles par mois, inconditionnel, on ne recevrait plus de lettre de la CAF disant que nous avons touch&#233; 15 euros de trop, on nous laisserait en paix &#187; &#8230; et (c'est moi qui ajoute) on jouerait dans notre bac &#224; sable avec nos 500 balles. Car le revenu de base, la classe dirigeante s'en accommode tr&#232;s bien. Son projet est que nous soyons auto-entrepreneurs avec un revenu de base que nous compl&#233;terons avec une semaine de location de notre appart par Airbnb et 50kilom&#232;tres de notre bagnole par Blablacar, bref toutes ces merdes de l'&#233;conomie collaborative et sa marchandisation infinie des rapports interpersonnels. Tout en alimentant la rente des propri&#233;taires des bases de donn&#233;es : je rappelle que l'introduction en bourse de Airbnb s'est faite &#224; 8 milliards de dollars il y a quelques mois. Nous alimentons la rente de ces parasites en croyant que nous sommes en collaboratif, tous unis et tous fr&#232;res. Contre le duo auto-entreprenariat / revenu de base, la sant&#233; a invent&#233; le travailleur ind&#233;pendant conventionn&#233; qui peut, transpos&#233;, servir de mod&#232;le &#224; tous les ind&#233;pendants. &lt;br class='autobr' /&gt;
A c&#244;t&#233; du salaire &#224; vie, l'autre institution r&#233;volutionnaire d&#233;cisive pr&#233;sente dans la production de sant&#233; est la subvention de l'investissement. Ce n'est pas vraiment la sant&#233; qui a invent&#233; &#231;a, cela avait &#233;t&#233; invent&#233; d&#233;j&#224; dans le service public, dans l'administration. A R&#233;seau Salariat, l'association &#233;ducation populaire pr&#233;sente ici et au nom de laquelle je m'exprime, nous en avions encore un t&#233;moignage r&#233;cent en octobre dernier quand on a f&#234;t&#233; les 70 ans de la S&#233;cu par une table ronde commune avec l'UFAL et le Collectif de d&#233;fense des h&#244;pitaux de proximit&#233; : une infirmi&#232;re dans la salle, qui &#233;tait en retraite, nous a rappel&#233; que l'h&#244;pital parisien dans lequel elle travaillait avait &#233;t&#233; construit dans les ann&#233;es soixante sans aucun appel au march&#233; des capitaux, par une subvention du Tr&#233;sor public et de l'Assurance maladie. Si nous nous approprions dans une caisse d'assurance maladie une part significative de la valeur qui ne va pas &#234;tre socialis&#233;e dans une logique de profit mais qui va &#234;tre socialis&#233;e par nous dans un r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de S&#233;curit&#233; sociale, alors nous pouvons subventionner l'investissement. Les h&#244;pitaux n'ont pas eu &#224; rembourser la subvention de l'assurance maladie. Nous avons donc eu un dispositif ma&#238;tris&#233; par les salari&#233;s qui g&#233;raient l'assurance maladie qui a permis une totale alternative &#224; la forme capitaliste de la production qui, elle, repose sur le march&#233; du travail et le cr&#233;dit &#224; l'investissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le droit de propri&#233;t&#233; lucrative, le fait que l'on puisse tirer un revenu d'un patrimoine, institution majeure du capitalisme, s'accompagne en effet de deux autres institutions sp&#233;cifiques &#224; ce mode de production, d'une part le march&#233; du travail pour les non propri&#233;taires de l'outil de travail, d'autre part le cr&#233;dit. Ceux qui se sont appropri&#233;s dans le profit une partie de la valeur que nous produisons nous la pr&#234;tent ensuite. Je te pique, je te pr&#234;te, tu me rembourses. Avec un taux de rendement de 15%, 20%, 40%. J'ai l'exemple d'un directeur d'usine, une grosse usine, qui a d&#233;missionn&#233; car les actionnaires (c'&#233;tait un groupe &#233;vang&#233;lique des USA avec des fondations extr&#234;mement g&#233;n&#233;reuses, soutien aux pauvres&#8230;, des gens qui blanchissent leur argent sale avec ces fondations comme Arnaud le fait avec toutes ses fondations pour l'art, &#8230;je n'insiste pas tellement tout cela est ignoble) ces bons ap&#244;tres exigeaient 40% de retour sur investissement pour une bo&#238;te qui faisait 2% par an de croissance. Donc je te pique, je te pr&#234;te, tu me rembourses avec un taux de rendement inaccessible sauf &#224; ravager les droits salariaux et compromettre la recherche-d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela n'est pas in&#233;luctable, ce n'est pas dans la nature, et la classe ouvri&#232;re a invent&#233; et pratiqu&#233; &#224; large &#233;chelle l'alternative : non pas le cr&#233;dit public qui l&#233;gitime le cr&#233;dit priv&#233;, mais la subvention qui est rendue possible par la centralisation d'une partie de la valeur &#233;conomique dans la cotisation. Et les finances des h&#244;pitaux &#233;taient infiniment plus saines lorsqu'augmentait le taux de cotisation maladie que depuis qu'il n'augmente plus et que les h&#244;pitaux font appel soit aux partenariats public/priv&#233;, soit au march&#233; des capitaux par la CADES. Ainsi nous avons invent&#233; &#224; la place de la s&#233;quence profit/cr&#233;dit qui est une s&#233;quence sp&#233;cifiquement capitaliste, une toute autre s&#233;quence qui est la s&#233;quence cotisation/subvention. Une partie de la valeur va &#224; une cotisation g&#233;r&#233;e d&#233;mocratiquement (une d&#233;mocratie &#224; reconqu&#233;rir bien s&#251;r) et cette partie de la valeur va permettre de subventionner l'investissement. La valeur suppl&#233;mentaire que rendra possible le travail li&#233; &#224; cet investissement nouveau permettra de financer par une cotisation suppl&#233;mentaire le cycle ult&#233;rieur cotisation/ subvention.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; la nouveaut&#233; de l'appareil de sant&#233;, voil&#224; le programme de ce que nous avons &#224; faire. Ne cherchons pas midi &#224; 14 heures, tout est d&#233;j&#224; l&#224;, il s'agit, pour l'honorer, de sortir de toute cette activit&#233; m&#233;morielle dans laquelle nous sommes aujourd'hui englu&#233;s. Nous faisons m&#233;moire &#224; la mesure de notre d&#233;sarroi collectif. Alors qu'il ne s'agit pas de faire m&#233;moire et de c&#233;l&#233;brer, il s'agit d'honorer en actualisant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Actualiser c'est-&#224;-dire travailler &#224; la hausse de la part de la valeur qui est mutualis&#233;e sous forme de cotisation pour payer des salaires &#224; vie et subventionner l'investissement. C'est-&#224;-dire pour que le mode de production de la sant&#233; dans sa double caract&#233;ristique : pas de march&#233; du travail, pas de cr&#233;dit mais subvention, soit g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; toute la production. Cela suppose de se battre pour la hausse du taux de cotisation maladie&#8230;Qui le fait ? M&#234;me pas les soignants. Ils ont tellement int&#233;rioris&#233; qu'ils d&#233;pensent, alors qu'ils produisent (ils produisent autrement) qu'ils disent &#171; C'est vrai que soigner est un co&#251;t&#8230;mais ce qu'on fait est utile, aidez-nous &#224; d&#233;fendre le service public &#187;. Et on fait le dos rond sur le fait qu'on est fonctionnaire, sur le fait qu'on est lib&#233;ral conventionn&#233;. On conna&#238;t la chanson d&#233;magogique des r&#233;formateurs : &#171; Les lib&#233;raux c'est des rentiers, la loi Macron va mettre un peu d'ordre dans tout &#231;a&#8230; &#187; Au lieu de porter haut le drapeau du salaire &#224; vie qui doit &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; tous. Tout le monde a droit au salaire &#224; vie. Mais pour rendre ce mot d'ordre cr&#233;dible, il faut que nous posions que les soignants produisent 10% du PIB, ils ne d&#233;pensent pas 10% du PIB. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;voqu&#233; la production des m&#233;dicaments, rest&#233;e elle capitaliste. Nous battre pour la g&#233;n&#233;ralisation de la production anticapitaliste de la sant&#233; suppose aussi de rendre populaire que seules des entreprises propri&#233;t&#233; de leurs salari&#233;s puissent &#233;marger aux march&#233;s publics. Ce n'est pas en moralisant les march&#233;s financiers qu'on va en finir avec Sanofi. En finir avec Sanofi c'est interdire aux entreprises capitalistes l'acc&#232;s aux march&#233;s publics. Une entreprise capitaliste n'existe que par les march&#233;s publics. Sanofi n'existe que parce qu'il y a march&#233; public des m&#233;dicaments par l'assurance maladie. Sinon Sanofi serait en de grandes difficult&#233;s. Suez, Bouygues, tous les grands groupes capitalistes, n'existent que par les march&#233;s publics. Le mot d'ordre &#171; aucun march&#233; public ne doit aller &#224; des entreprises capitalistes &#187; va sortir les coop&#233;ratives de leur marginalit&#233; et nous permette d'avancer dans la propri&#233;t&#233; d'usage des entreprises par ceux qui y travaillent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il que vous ayez un d&#233;placement de l'activit&#233; syndicale au sein de l'h&#244;pital. Sortir de la plainte et de la d&#233;nonciation. Honorer les conqu&#234;tes de nos anciens c'est d&#233;placer l'action syndicale dans le service public vers l'auto-organisation des salari&#233;s. Le ministre communiste de la sant&#233; en 1981, Ralite, avait tent&#233; de mettre en place l'&#233;lection des chefs de service. Cela avait fait la bronca, il n'a pas r&#233;ussi, et surtout il n'&#233;tait pas soutenu par les ministres socialistes et toute la bande autour de Mitterrand bien s&#251;r, il &#233;tait tout seul dans cette affaire. Le fonctionnement d&#233;mocratique de la production peut s'imposer si les syndicats deviennent l'outil d'auto-organisation des travailleurs, en commen&#231;ant l&#224; o&#249; il y a un statut protecteur du personnel. Les fonctionnaires qui me disent qu'ils ne peuvent pas r&#233;sister &#224; un ordre injuste, je leur dis &#171; C'est faux. D&#232;s lors que vous avez un statut, vous pouvez r&#233;sister collectivement &#224; un ordre injuste &#187;. Je me souviens d'un moment o&#249; dans un service que je connais il avait &#233;t&#233; dit que les patients devraient donner leur carte d'identit&#233;. Tous les personnels ont refus&#233;, aussit&#244;t l'ARS a renonc&#233; &#224; ce truc exorbitant qui avait pour objectif &#233;videmment de mettre en cause l'AME et l'acc&#232;s des sans-papiers aux soins. Nous pouvons absolument, nous fonctionnaires, r&#233;sister collectivement aux ordres injustes et aux d&#233;rives gestionnaires qui organisent la transformation de la clinique en protocoles&#8230; Tout cela est r&#233;sistible, encore faut-il que les personnels arr&#234;tent d'&#234;tre dans la plainte. Qu'ils honorent leur statut. C'est une responsabilit&#233;, pour faire la preuve que quand on n'a pas de capital sur le dos, quand on a un statut de fonctionnaire, cela marche mieux. Comment voulez-vous convaincre le priv&#233; que nous avons tous droit &#224; un salaire &#224; vie, si ceux qui ont un salaire &#224; vie n'honorent pas leur statut ? Comment voulez-vous convaincre les travailleurs ind&#233;pendants ou tous ceux qui sont dans l'illusion de l'&#233;conomie collaborative, qu'il y a une autre fa&#231;on d'&#234;tre ind&#233;pendants si les ind&#233;pendants de sant&#233; n'honorent pas leur statut ? Et laissent organiser la fuite dans le secteur 2 par absence de combativit&#233; sur la convention de secteur 1 (la consultation &#224; 23 euros est un scandale). Il y a l&#224; une responsabilit&#233; qui est la seule voie possible pour continuer &#224; produire l'alternative que nos anciens ont commenc&#233; &#224; construire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;D&#233;bat&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Philippe, membre de r&#233;seau salariat &lt;/strong&gt; : J'ai deux questions. La premi&#232;re : Bernard Friot a parl&#233; de la socialisation de la valeur comme permettant &#224; un travailleur ind&#233;pendant, comme un infirmier lib&#233;ral, de trouver une patient&#232;le sans difficult&#233;. Il a parl&#233; de la fa&#231;on dont se faisait l'investissement dans le domaine de la sant&#233;. Je voudrais savoir s'il y avait un march&#233; de la sant&#233;. Au sens o&#249; comme tout march&#233;, march&#233; des savonnettes, march&#233; de l'art, march&#233; de n'importe quoi, est-ce qu'il y a un march&#233; de la sant&#233; ? Et comment ce syst&#232;me de socialisation diff&#232;re si ce march&#233; existe toujours ou s'il n'y en a plus ? La deuxi&#232;me question est par rapport au salariat. Bernard nous a dit que la cotisation &#224; taux unique avait permis d&#232;s le d&#233;part de collecter un tiers de la masse salariale, je voudrais savoir si, dans ce qui est en train de se mettre en place, le salariat n'est pas vou&#233; aussi &#224; dispara&#238;tre, remplac&#233; que par des autoentrepreneurs. Et dans ce cas, s'il n'y a plus de salari&#233;s, comment maintenir le syst&#232;me de la cotisation, du financement par la subvention du syst&#232;me de sant&#233; et des autres syst&#232;mes de socialisation ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Mettons-nous bien d'accord sur le fait que le march&#233; n'est pas ce qui caract&#233;rise le capitalisme. Le march&#233;, c'est lorsqu'il y a des biens &#224; prix. Une AMAP c'est un march&#233;, car il y a des marchandises. Un march&#233; peut &#234;tre parfaitement non capitaliste d&#232;s lors qu'il repose sur des productions, des marchandises qui ne sont pas produites par des forces de travail exploit&#233;es par un employeur, un propri&#233;taire et que leur vente ne donne pas l'occasion d'une extorsion de valeur, de profit. Le paysan d'une AMAP vend des tomates et son b&#233;n&#233;fice c'est la reconnaissance de la valeur qu'il a produite par son travail. Donc le march&#233; n'est pas une calamit&#233;. Le march&#233; est m&#234;me souvent tr&#232;s sup&#233;rieur &#224; la planification pour organiser un certain nombre de productions. Cela dit, oui il y a un march&#233; capitaliste en mati&#232;re de sant&#233;, m&#234;me s'il y a une r&#233;gulation mais qui reste tr&#232;s faible, c'est la production de m&#233;dicaments et d'appareillage m&#233;dical. L&#224; il y a bien un march&#233; capitaliste qu'il faut d&#233;truire. Mais pas forc&#233;ment en d&#233;truisant le march&#233;. Ce peut &#234;tre des coop&#233;ratives qui produiront des biens &#224; prix que sont les m&#233;dicaments. Ou des seringues ou des appareils de radiographie etc. Il n'y a pas en soi de sup&#233;riorit&#233; de la gratuit&#233; sur le bien &#224; prix. Tout d&#233;pend des cas d'esp&#232;ce, on ne peut pas faire une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale sur la sup&#233;riorit&#233; de la gratuit&#233;. En revanche, il y a des biens dont on est en train de faire le constat qu'il faut qu'ils deviennent gratuits. Les transports de proximit&#233;, les premi&#232;res consommations d'eau et d'&#233;nergie, le logement au moins pour une part, ne peuvent plus &#234;tre laiss&#233;s au march&#233;. Voil&#224; quelques &#233;l&#233;ments sur march&#233; ou non march&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;P &lt;/strong&gt; : La production de sant&#233; telle que tu en as parl&#233;, ce n'est pas un march&#233; de marchandises, ce sont des services. Cela n'a rien &#224; voir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Un service peut &#234;tre une marchandise. Tu peux faire de l'&#233;cole une marchandise. Tu vas vendre du e-learning avec des cours etc. L'enseignement sup&#233;rieur est progressivement li&#233; au capitalisme : de plus en plus d'&#233;coles de commerce, comme les chambres de commerce ne peuvent plus assumer faute de fiscalit&#233; locale suffisante leur production d'&#233;ducation, sont en train de passer sous la coupe de groupes capitalistes d'&#233;ducation, prenez les travaux d'Aur&#233;lien Casta sur la question qui sont tout &#224; fait &#233;difiants. Nous sommes dans du service et il y a marchandise bien s&#251;r. Ce n'est pas le fait qu'il y ait un bien mat&#233;riel qui constitue la marchandise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, le salariat vou&#233; &#224; dispara&#238;tre ? Ne pratiquons pas la proph&#233;tie autor&#233;alisatrice. Oui, bien s&#251;r, pour Macron, pour Uber, pour Amazon &#233;videmment qu'il est vou&#233; &#224; dispara&#238;tre, mais pas pour nous. Pr&#233;cis&#233;ment nous disposons avec les lib&#233;raux de sant&#233; -encore une fois, ce n'est pas le P&#233;rou, pas plus que ne l'est la fonction publique hospitali&#232;re, mais c'est un tremplin - nous sommes dans du d&#233;j&#224;-l&#224; qui inaugure quelque chose&#8230;qui n'est pas abouti bien s&#251;r. Et c'est tellement anticapitaliste que c'est en permanence menac&#233;. Mais il y a l&#224; une alternative &#224; l'ub&#233;risation de la soci&#233;t&#233;, alternative qui est le salaire &#224; vie pour tous. Et donc le salariat g&#233;n&#233;ralis&#233; si on appelle salariat les institutions du salaire. Les lib&#233;raux de sant&#233; rel&#232;vent du salariat : c'est l'institution du salaire, le salaire socialis&#233; par l'assurance maladie qui fonde le statut des lib&#233;raux de sant&#233;. Il faut que le mot salariat assume la nouveaut&#233; de tout cela et qu'on ne le confonde plus avec la subordination &#224; un employeur sur le march&#233; du travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Alexandre, 27 ans, qui g&#232;re une petite entreprise de d&#233;veloppement informatique &lt;/strong&gt; : Je suis &#224; peu pr&#232;s d'accord sur la notion, mais est-ce qu'il ne faut pas changer le mot ? Pour nous, pour moi et les gens que je c&#244;toie, le mot salaire est connot&#233; par asservissement &#224; un employeur. Je sugg&#233;rerais qu'on change de mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Le Parti Communiste et la CGT n'ont pas transmis l'efficience actuelle de la mutation que conna&#238;t le salaire dans les ann&#233;es 1920-1970 sous l'impulsion de la classe ouvri&#232;re. Si nous assumons la nouveaut&#233; du salaire alors nous pouvons nous adresser &#224; tous ces trentenaires &#233;duqu&#233;s que vous &#233;voquez. L&#224; encore j'insiste sur la responsabilit&#233; de ceux qui, dans les syndicats et les partis, sont les h&#233;ritiers des cr&#233;ateurs du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la S&#233;curit&#233; sociale, dont je n'ai pas dit qui c'&#233;tait : c'&#233;taient les communistes et une fraction de la CGT, celle qui n'est pas pass&#233;e &#224; FO en 1947. Cela s'est fait d'autant plus difficilement que la CGT &#233;tait en plein conflit &#224; l'&#233;poque. Dans les travaux d'Annie Lacroix-Riz sur l'histoire de la CGT des ann&#233;es 1940, on voit bien la CGT en proie au chantage de ceux qui vont quitter la conf&#233;d&#233;ration et disent &#171; Nous ne voulons pas entrer dans le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral, si vous nous obligez on s'en va &#187;. C'est comme cela que les fonctionnaires n'entreront qu'&#224; moiti&#233; dans le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral. La Mutualit&#233; devait dispara&#238;tre comme organisme payeur dans le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral. Mais la loi Morice de mars 1947 va autoriser les mutuelles &#224; g&#233;rer le remboursement de sant&#233; pour les fonctionnaires. Et ce sont les mutuelles de la fonction publique qui vont permettre la poursuite de l'activit&#233; de remboursement des soins par cet adversaire redoutable du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral qu'est la Mutualit&#233;, cheval de Troie du patronat surtout depuis que l'ANI de 2013 impose les r&#233;gimes compl&#233;mentaires dans chaque entreprise : le patronat utilise la Mutualit&#233; comme arme de guerre contre le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la S&#233;curit&#233; sociale. Les fonctionnaires, en faisant le chantage de la scission (et ils quitteront d'ailleurs pour partie la CGT, non pas pour FO, mais pour des organisations autonomes comme la FEN, la f&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale) sauvent la mise &#224; la Mutualit&#233;. Donc c'est une partie de la CGT (majoritaire certes car les communistes sont majoritaires &#224; la CGT &#224; l'&#233;poque, mais quand m&#234;me avec des f&#233;d&#233;rations comme la poste, les fonctionnaires&#8230;tout &#224; fait hostiles au dispositif) et les ministres communistes qui sont tout seuls, qui ont mis en place le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut se d&#233;faire de l'id&#233;e qu'il y avait une esp&#232;ce d'unanimit&#233; du Conseil National de la R&#233;sistance o&#249;, des gaullistes aux communistes, tous auraient d&#233;cid&#233; de cr&#233;er le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la S&#233;curit&#233; sociale... Pas du tout : le travail sur archives nous montre, dans les gouvernements tripartites de la Lib&#233;ration avec des ministres communistes, socialistes et MRP (puisque de Gaulle a d&#233;missionn&#233; d&#232;s janvier 1946), l'acharnement des ministres socialistes et MRP contre le programme du CNR. Par exemple, la construction d'EDF-GDF est confi&#233;e au d&#233;part &#224; un socialiste, d'ailleurs responsable syndical &#224; la CGT du c&#244;t&#233; de ceux qui vont aller &#224; FO, Robert Lacoste, qui s'illustrera ensuite en Alg&#233;rie. Ministre de la production industrielle, il fait tout pour qu'il n'y ait pas nationalisation d'EDF-GDF. Il va falloir qu'en novembre 1945 arrive au minist&#232;re Marcel Paul, lib&#233;r&#233; de Mauthausen o&#249; il avait organis&#233; la r&#233;sistance, et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la f&#233;d&#233;ration CGT de l'&#233;nergie. Ce ministre communiste va mettre en place le programme du CNR contre tous ses coll&#232;gues. Le statut d'EDF-GDF, il va le faire passer en catimini sans toutes les signatures obligatoires, entre deux gouvernements, le 22 juin 1946. Marcel Paul est chass&#233; par L&#233;on Blum en d&#233;cembre 1946 et imm&#233;diatement remplac&#233; &#8230; par Robert Lacoste, qui d&#233;tricote tout ce qui dans le statut et la loi de nationalisation organisait le pouvoir des salari&#233;s. Le statut de la fonction publique d'octobre 1946 est vot&#233; avec une hostilit&#233; r&#233;solue de la SFIO. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous donne un exemple qui m'avait frapp&#233; en regardant les archives : la CFTC qui est l'anc&#234;tre de la CFDT refuse l'ordonnance de 1945 et ne veut pas participer &#224; la mise en place du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral. Il n'y a donc que la CGT, dans sa fraction majoritaire certes mais en proie &#224; des f&#233;d&#233;rations contestatrices qui vont former ensuite FO et la FEN, qui participe. Il faut passer de plus de 1000 caisses &#224; deux caisses par d&#233;partement. Il faut donc trouver des locaux assez grands, en plein apr&#232;s-guerre. D&#232;s qu'un militant CGT trouve un local vide, il est imm&#233;diatement pr&#233;empt&#233; par une administration. Il ne peut pas le pr&#233;empter lui car la S&#233;curit&#233; sociale c'est priv&#233;. Cela veut dire que tous les minist&#232;res non communistes sont vent-debout contre la mise en place du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela n'a rien &#224; voir avec la question pos&#233;e mais cela semblait quand m&#234;me utile de le dire &#224; ce moment-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;A &lt;/strong&gt; : Je demandais si on ne pouvait pas utiliser un autre mot que salariat, qui est connot&#233; comme asservissement au patron. C'est ce contre quoi on lutte, l'asservissement, donc pour se faire comprendre il faudrait un autre mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;X &lt;/strong&gt; : Si on met &#171; &#224; vie &#187; derri&#232;re &#171; salaire &#187;, cela change tout&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;A &lt;/strong&gt; : Pas forc&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : J'entends ce que vous dites. Mais par quoi va-t-on remplacer le mot &#171; salaire &#187; ? Par &#171; revenu &#187;, revenu contributif comme dit Stiegler ? L&#224; on est chez l'adversaire de classe. Encore une fois je suis extr&#234;mement admiratif et j'attends &#233;norm&#233;ment (moi je suis de la tradition c&#233;g&#233;to-communiste, je suis au Parti Communiste, je suis &#224; la FSU) j'attends &#233;norm&#233;ment de ces trentenaires ou un peu moins que trentenaires &#233;duqu&#233;s qui ne veulent pas produire de la merde pour le capital, qui ne veulent pas d'employeurs. Mais je constate qu'ils sont dans l'ignorance des outils d&#233;cisifs qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par les communistes, et aussi les trotskistes et les anarchistes mobilis&#233;s dans la CGT. C'est la fusion entre cette jeunesse anticapitaliste et la tradition r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re qu'il faut aujourd'hui r&#233;ussir. Dans ma g&#233;n&#233;ration, on attendait qu'un patron nous donne du travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Y &lt;/strong&gt; : Mais comme on est convaincus qu'on n'en aura pas&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Il y a l'effet b&#233;n&#233;fique de cette d&#233;sertion des employeurs mais il s'agit justement de l'assumer non pas en tombant dans le pi&#232;ge de l'autoentrepreneuriat mais en b&#233;n&#233;ficiant de la tradition r&#233;volutionnaire qui a fait sortir le mot salaire de sa d&#233;finition comme prix de la force de travail contre subordination &#224; un employeur sur le march&#233; du travail. Comme retrait&#233; je suis salari&#233;, j'ai un salaire &#224; vie de 4300 euros par mois jusqu'&#224; ma mort et c'est la mutualisation de la valeur dans le tr&#233;sor public qui le rend possible. Cette libert&#233; que me donne le salaire &#224; vie, il n'y a aucune raison que tout le monde ne l'ait pas. C'est cette ambition-l&#224; qu'il faut avoir, sinon on fait de malheur vertu. Des tas de gens disent : &#171; Comment mais 4300 euros, c'est trop, moi je m'en tire &#224; 1500 euros, m&#234;me &#224; 800 euros. Pour pouvoir m'en tirer &#224; 800 euros, j'ai &#233;t&#233; dans la Dr&#244;me et je produis des carottes&#8230; &#187;. Je n'ai aucun m&#233;pris, au contraire j'admire ceux qui ont le culot de faire cela. Le probl&#232;me est : comment ne pas faire de ces initiatives des impasses ou des t&#233;moignages condamn&#233;s &#224; la marginalit&#233;. Cela suppose que ceux qui sont dans ma situation soient capables de transmettre le fait qu'il y a une alternative &#224; l'ub&#233;risation de la soci&#233;t&#233;, qu'il y a une alternative &#224; la disparition du salaire telle que Stiegler en fait la th&#233;orie fumeuse, qu'il y a une possibilit&#233; infiniment plus int&#233;ressante que le revenu, de base ou contributif. C'est le salaire comme droit politique. A 18 ans, tout le monde a droit au salaire. Parce que nous nous posons comme la classe d&#233;termin&#233;e &#224; prendre la place de la bourgeoisie pour d&#233;cider du travail et de la valeur. Nous nous posons comme tel par un droit politique. Le salaire doit &#234;tre un droit politique, attribu&#233; automatiquement et &#224; vie &#224; tous &#224; 18 ans pour son premier niveau (par exemple 1500 euros nets par mois), et progressant au fur et &#224; mesure d'&#233;preuves de qualification sans jamais &#234;tre supprim&#233; ou diminu&#233;. Alors que chez Stiegler il n'y a aucun droit politique au salaire, le revenu est en fonction de la contribution appr&#233;ci&#233;e sur le march&#233; du travail ou sur celui des biens et services. Il importe de lier le salaire au mot &#171; droit politique &#187; et non plus au mot &#171; march&#233; du travail &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Elisabeth &lt;/strong&gt; : il me semblait que vous &#233;tiez un peu en train de r&#234;ver sur les lib&#233;raux de sant&#233;. Moi je suis lib&#233;rale de sant&#233; depuis 35 ans, je sais d'o&#249; je cause. Je pense qu'il faut ne pas &#234;tre dans l'ang&#233;lisme. Beaucoup de mes coll&#232;gues se sont appropri&#233; les sous de la S&#233;cu pour vendre leurs moule &#224; gaufres eux-m&#234;mes et ils ont d&#233;cid&#233; qu'ils feraient des gaufres avec de la chantilly mais pas du tout de savoir quels sont les besoin de sant&#233; des gens. Apr&#232;s il y a un certain nombre de m&#233;decins lib&#233;raux minoritaires qui ont essay&#233; de travailler en &#233;quipe en laissant la place aux usagers en faisant du pluridiscipinaire, il y a des gens qui ont essay&#233; d'avoir une pratique de progr&#232;s en prenant en compte les in&#233;galit&#233;s sociales de sant&#233; etc mais on connait tous des docteurs qui s'occupent de leur tiroir-caisse, qui font de la phl&#233;bologie etc, qui n'en sont pas du tout &#224; prendre &#224; bras-le-corps les besoins de sant&#233;. En m&#234;me temps j'&#233;tais tr&#232;s contente d'&#234;tre lib&#233;rale malgr&#233; tout parce que j'ai pu inventer des trucs et faire comme je voulais. Mais actuellement parmi les jeunes, dieu merci il y a un mouvement pour &#234;tre salari&#233;s, en &#233;quipe en pluridisciplinaire avec des infirmiers, des kin&#233;s et prenant en compte la place des usagers pour savoir quoi faire. Mais j'ai l'impression que la soci&#233;t&#233; a laiss&#233; les docteurs utiliser les sous de la S&#233;cu pour rembourser leur propre maison de campagne et c'est tout. Nous on a &#233;t&#233; tout le temps en col&#232;re, on se coltinait les choses les plus difficiles pendant que d'autres&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Martine &lt;/strong&gt; : &#8230;faisaient marcher le tiroir-caisse. Je veux bien compl&#233;ter car cela m'a choqu&#233; la r&#233;flexion : &#171; la consultation &#224; 23 euros c'est un scandale &#187;&#8230; ? Ce qui est un scandale c'est le paiement &#224; l'acte, qui est une fa&#231;on en effet de gaspiller l'argent de la S&#233;cu pour enrichir les gens. On ne peut pas dire que le syst&#232;me lib&#233;ral fran&#231;ais, m&#234;me s'il est absolument solvable, est g&#233;nial. Nous quand m&#234;me nous demandons d'autres modes de paiement, peut-&#234;tre pas le salariat pour les artisans que sont les m&#233;decins de ville, mais peut-&#234;tre d'autres modes de paiement comme au nombre de patients qu'ils prennent en charge&#8230;En tous cas le contenu du travail, c'est important.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Olivier &lt;/strong&gt; : la capitation&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Martine &lt;/strong&gt; : oui, je suis pour la capitation, mais personne ne m'&#233;coute, ni Marisol Touraine ni mon syndicat&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Elisabeth &lt;/strong&gt; : Comment on prend en compte tous les &#233;l&#233;ments de la sant&#233; ? Nous, on nous a form&#233;s sur un mod&#232;le tr&#232;s capitalistique de la vision de la sant&#233; comme si le social, le psychique, le relationnel cela n'existait pas. De fait, les coll&#232;gues qui n'ont pas eu la chance de r&#233;fl&#233;chir&#8230;tout le monde conna&#238;t des docteurs un peu d&#233;biles&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Martine &lt;/strong&gt; : et ils font le jeu du march&#233; du m&#233;dicament&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Z &lt;/strong&gt; : il y a des docteurs un peu d&#233;biles, et des salari&#233;s un peu d&#233;biles aussi&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Des salari&#233;s d&#233;biles il y en a effectivement autant que des lib&#233;raux d&#233;biles. La d&#233;bilit&#233; n'est pas li&#233;e au mode d'exercice. La capitation fonctionne en Allemagne et ce n'est pas beaucoup mieux que chez nous. Donc la capitation n'est pas la solution. La m&#233;decine salari&#233;e anglaise n'est pas meilleure que la n&#244;tre donc &#231;a n'est pas non plus la solution. Au demeurant, la question n'est pas l&#224; pour moi. Il y a une r&#233;elle aspiration dans la jeunesse &#224; l'ind&#233;pendance professionnelle, d'ailleurs vous y avez fait allusion. Il se trouve que nous avons pour le moment un mod&#232;le d'ind&#233;pendants qui existe hors de la logique du capital, alors que tous les ind&#233;pendants de l'agriculture, du commerce, de l'artisanat un petit peu moins, sont sous la coupe du capital avec l'agrobusiness pour les agriculteurs, la franchise pour les commer&#231;ants. Nos commerces sont le fait de faux ind&#233;pendants qui sont un &#233;l&#233;ment de la ligne de profit de l'acteur central de la fili&#232;re, le minotier par exemple pour les boulangers. Les seuls ind&#233;pendants qui ont r&#233;sist&#233; sont les lib&#233;raux, prot&#233;g&#233;s par la loi interdisant au capital d'&#234;tre actionnaire majoritaire de soci&#233;t&#233;s d'exercice lib&#233;ral. Or il y a urgence &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le travail ind&#233;pendant car la loi Macron a fait sauter cette r&#232;gle qui dit qu'un avocat ne peut &#234;tre associ&#233; qu'au cabinet dans lequel il travaille, ce qui emp&#234;chait toute logique capitaliste dans le champ judiciaire. Au contraire, la biologie, o&#249; il a &#233;t&#233; possible qu'un m&#233;decin ou un pharmacien soit propri&#233;taire d'une multitude de laboratoires biologiques, est entr&#233;e dans une logique capitaliste. L'autre mode de protection du travail ind&#233;pendant a &#233;t&#233; la socialisation du salaire dans l'assurance maladie pour solvabiliser la population avec des travailleurs ind&#233;pendants qui passent convention avec l'assurance maladie, et c'est cela qu'il faut g&#233;n&#233;raliser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis &#233;videmment pour le tiers-payant. Je suis aussi pour que la r&#233;mun&#233;ration des ind&#233;pendants, qu'ils soient m&#233;decins ou autres d'ailleurs, d&#233;pende de leur qualification et non pas du nombre de leurs actes. Je suis pour le salaire &#224; la qualification pour tous. Mais salaire &#224; la qualification pour tous cela ne veut pas dire suppression de la logique marchande car elle peut &#234;tre sup&#233;rieure au contingentement. Vous voulez que nous ayons droit chacun &#224; trois p&#226;tisseries par semaine ? Vous voulez que les boulangeries soient gratuites et que l'on contingente notre acc&#232;s au pain&#8230; ? Cela ne marche jamais ces affaires-l&#224;&#8230; Il y a des tas de lieux dans lesquels la logique marchande est sup&#233;rieure au contingentement. C'est pour cela que je suis pour l'affectation marchande de tout un tas de biens et services produits par des ind&#233;pendants. Mais que ce ne soit pas en fonction de leur chiffre d'affaires que ces ind&#233;pendants soient pay&#233;s. Qu'ils soient pay&#233;s &#224; leur qualification, non pas au nombre d'actes pour les lib&#233;raux de sant&#233;, non pas au nombre de patients par la capitation qui n'est jamais qu'une autre facette du nombre d'actes Les ind&#233;pendants entr&#233;s dans la logique du salaire socialis&#233; que je pr&#233;conise, ce n'est pas leur chiffre d'affaires qui d&#233;cidera de leurs ressources mais leur qualification. C'est-&#224;-dire, je le pr&#233;cise car le mot peut &#234;tre compris &#224; contresens, non pas leur dipl&#244;me (&#231;a, c'est leur certification, pas leur qualification) mais leur exp&#233;rience professionnelle. La valeur ajout&#233;e de leur entreprise, ils en garderont une partie comme autofinancement et le reste ira &#224; une cotisation salaire et &#224; une cotisation &#233;conomique. Et des caisses de salaire et des caisses d'investissement assureront ces deux &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs pour qu'il y ait production que sont le salaire et l'investissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Martine &lt;/strong&gt; : Donc on salarie les m&#233;decins.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : On salarie tout le monde, donc aussi les m&#233;decins au sens o&#249; ils vivront, comme tous, d'un salaire &#224; la qualification. Mais on ne salarie pas les travailleurs au sens o&#249; ils ont un employeur qui d&#233;cide de les embaucher et de les licencier et qui les paye sur la valeur ajout&#233;e. Ces salaires s'inscrivent dans une hi&#233;rarchie des qualifications, par exemple de 1 &#224; 4 (de 1500 &#224; 6000 euros par mois donc si le premier niveau de qualification est &#224; 1500 euros). Tous le m&#234;me salaire, je n'y crois pas, car c'est d&#233;placer la violence sociale hors de son expression mon&#233;taire. Evidemment qu'il y a une violence sociale dans la hi&#233;rarchie des salaires. Mais elle est r&#233;gulable, la lutte de classes portera sur les crit&#232;res de qualification, sur la composition des jurys, sur l'&#233;cart entre le premier et le dernier niveau, etc. Le salaire unique tel que je le vois se profiler dans certains projets de maisons m&#233;dicales, la secr&#233;taire, les toubibs, les infirmiers avec le m&#234;me salaire, c'est la restauration du pouvoir ailleurs. Cela peut &#234;tre le droit de cuissage, ou tout ce que vous voulez&#8230;Le pouvoir, cela ne s'abolit pas, cela se g&#232;re, par la hi&#233;rarchie des salaires. Sinon il revient par la fen&#234;tre si on l'a chass&#233; par la porte, de la pire fa&#231;on. La monnaie exprime et r&#233;gule tout &#224; la fois la violence &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Romain, &#233;tudiant&lt;/strong&gt; : Je travaille sur Cuba. Il y a des similitudes, justement. Vous parlez d'une gestion macrosociale des ressources, c'est ce qui se passe &#224; Cuba. Et cela fonctionne extr&#234;mement bien. Ils ont aboli le march&#233; du travail et la propri&#233;t&#233; lucrative dans pas mal de cas notamment au niveau du march&#233; immobilier, entre autres. Il y a une hi&#233;rarchie des salaires. Cela marche tr&#232;s bien. Par exemple dans le domaine de la sant&#233;, il y a une m&#233;decine de pr&#233;vention. Cela marche aussi pour l'&#233;ducation. Mais dans le transport et l'alimentaire, cela pose probl&#232;me et ce ne sont pas des secteurs anodins. Je voulais savoir comment vous voyez &#231;a. Et la deuxi&#232;me question : on ne peut pas vraiment juger Cuba car il y a un contexte g&#233;opolitique, avec le blocus. En partant de cela et en revenant &#224; la France : on veut la g&#233;n&#233;ralisation de la cotisation sociale. Mais qu'en est-il des autres pouvoirs politiques autour de la France ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Qu'est-ce que vous visez dans ce qui ne marche pas dans l'agriculture ? Je ne connais pas Cuba.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Romain &lt;/strong&gt; : Il y a eu plusieurs modes de gestion parce qu'ils en ont test&#233; plein, il y a eu d'abord les fermes d'Etat, o&#249; il y avait une propri&#233;t&#233; d'usage, ils venaient et ils &#233;taient pay&#233;s, tous les salaires sont socialis&#233;s dans une m&#234;me caisse. Il y a eu aussi des coop&#233;ratives o&#249; ils pouvaient prendre un petit b&#233;n&#233;fice en plus mais qui &#233;tait r&#233;parti entre eux, tous les coop&#233;rants. Mais globalement, le probl&#232;me qui se pose c'est qu'il n'y a aucune ind&#233;pendance alimentaire. Cuba, apr&#232;s 40 ans de lutte, continue d'importer 70% de ses produits, dans le contexte qu'on conna&#238;t. Dans le transport : &#224; la Havane, les bus cela ne vaut rien. Cela co&#251;te l'&#233;quivalent d'un centime pour prendre le bus. Mais le service est nul, on met deux heures &#224; traverser la ville&#8230;Et il y a un service de taxis qui s'est d&#233;velopp&#233; &#224; c&#244;t&#233; et montre une nette sup&#233;riorit&#233;, mais au lieu de payer un centime, on paye l'&#233;quivalent de 5 euros. Qu'est-ce qui motive quelqu'un &#224; aller travailler dans la sant&#233; ? il y a quand m&#234;me une certaine responsabilit&#233; sociale&#8230;ou dans l'&#233;ducation ? mais quand on doit aller ramasser des patates c'est autre chose. Et de la m&#234;me mani&#232;re quand il faut conduire un bus, obtenir tous les &#233;quipements n&#233;cessaires &#224; faire fonctionner un syst&#232;me de transport c'est aussi une question&#8230;en termes de motivation personnelle. Cela pose plusieurs questions dont celle de la coercition : comment on am&#232;ne les gens &#224; avoir envie que &#231;a marche&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : L&#224; vous apportez sur la table des choses que je ne connais pas bien et je vous en remercie. Quand je parle d'&#233;tendre la gratuit&#233; aux transports de proximit&#233; c'est parce que de fait ce sont des choses qui se mettent en place et cela a l'air de marcher. C'est pour cela que j'en parle. On traverse la Belgique en train pour 7 euros. C'est quand m&#234;me un territoire assez important, il y a un forfait...ce n'est pas la gratuit&#233; mais presque. Un certain nombre de municipalit&#233;s comme Aubagne par exemple ont mis en place des services gratuits de bus qui manifestement fonctionnent tr&#232;s bien. Gratuit&#233; d'acc&#232;s ne veut pas dire gratuit&#233; de production. Cela suppose &#233;videmment une fiscalit&#233; qui rend possible la production de ce bien. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Romain &lt;/strong&gt; : Je voulais rajouter que les Cubains sont propri&#233;taires de leur maison, quasiment tous. Mais au bout de 40 ans, l'&#233;tat de d&#233;labrement des habitations est &#233;norme. Le fait est que la location marchande avec tous les probl&#232;mes que cela pose (comme le prix des loyers &#224; Paris) permet un entretien. Comment on g&#232;re l'entretien dans un syst&#232;me de propri&#233;t&#233; d'usage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Excellente question que nous nous sommes pos&#233;e &#224; R&#233;seau Salariat : il y a un groupe qui r&#233;fl&#233;chit sur la s&#233;curit&#233; sociale du logement. Sans doute pas la gratuit&#233; du logement parce qu &#224; la diff&#233;rence de la sant&#233; qui est un bien relativement homog&#232;ne, le logement conna&#238;t une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; &#233;norme, entre le fait d'&#234;tre dans une esp&#232;ce de ch&#226;teau au bord de la c&#244;te ou dans un immeuble dans une cuvette insalubre. Et on ne voit pas sur quel crit&#232;re se ferait l'attribution de logements gratuits. En revanche, il peut y avoir, &#224; condition qu'il n'y ait pas de propri&#233;t&#233; lucrative mais seulement de la propri&#233;t&#233; d'usage, une dotation mettons de 100 000 euros par personne moyennant le versement par les entreprises d'une cotisation attribu&#233;e &#224; la s&#233;curit&#233; sociale du logement, dotation compl&#233;t&#233;e par une dotation r&#233;guli&#232;re pour l'entretien. Cela suppose une production du logement qui soit socialis&#233;e de m&#234;me que la production de sant&#233; est socialis&#233;e. La question du d&#233;labrement d'un dispositif de propri&#233;t&#233; d'usage doit &#234;tre assum&#233;e et peut l'&#234;tre par le fait que tout le monde, par exemple tous les 3 ou 5 ans, ait une dotation pour l'entretien de son logement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Romain &lt;/strong&gt; : Quand je cite Cuba, je prends toujours des pincettes du fait de ce blocus. On ne peut pas juger un syst&#232;me social quand il est entour&#233; notamment de l'ogre am&#233;ricain. En termes de t&#233;l&#233;communications par exemple, la frustration qui est celle des jeunes cubains, on ne peut pas la reprocher seulement au r&#233;gime. Le fait est que si on met un c&#226;ble &#224; Cuba, on ne peut pas passer par les Etats-Unis, il n'y a aucune communication possible, sauf par le Venezuela. C'est pour cela que cette situation est &#224; part. Mais imaginons que la contestation sociale prend le pouvoir en France, quid des autres pays europ&#233;ens qui l'entourent ? La France ne va pas pouvoir fonctionner toute seule, c'est utopique de croire &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Nous avons d&#233;j&#224; des dispositifs qui reposent sur le salaire socialis&#233; massivement dans toute l'Europe qu'on appelle bismarckienne : l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, l'Autriche pour prendre les pays initiaux de l'affaire. Donc nous ne sommes pas seuls dans cette invention de la socialisation du salaire pour produire de la sant&#233; par exemple. Mais on ne produit pas que de la sant&#233;, on produit de l'&#233;ducation des enfants avec les allocations familiales, il y a aussi ce que produisent tous les retrait&#233;s, les ch&#244;meurs. Il faut sortir du syndrome d'Ast&#233;rix, nous ne sommes pas le dernier village gaulois dans une Europe qui serait totalement &#233;trang&#232;re &#224; nous. Au contraire, notre logique repr&#233;sente la majorit&#233; des pays europ&#233;ens. La question n'est pas qu'on soit tout seuls c'est qu'il y ait une dynamique identique dans les diff&#233;rents pays. Encore une fois j'ai un petit peu douch&#233; ceux qui attendent le grand soir ; nous sommes engag&#233;s dans des logiques s&#233;culaires. Nous ne pourrons constituer une majorit&#233; d&#233;cid&#233;e et en capacit&#233; de l'emporter sur la socialisation du salaire que si nous avons fait auparavant d'&#233;normes progr&#232;s en solidarit&#233; internationale. Je prends l'exemple des Belges qui en ce moment se battent pour que le ch&#244;mage reste &#224; dur&#233;e ind&#233;finie comme il l'est actuellement en Belgique. Evidemment l'Union europ&#233;enne est vent debout contre ce scandale. Les gouvernements ont mis &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e l'indemnisation de ceux qui arrivent comme primo demandeurs d'emploi sur le march&#233; : pour eux le ch&#244;mage n'est plus &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e. Si nous ignorons la bagarre actuelle des ch&#244;meurs belges, comment voulez-vous que chez nous nous avancions dans l'id&#233;e que le ch&#244;mage peut &#234;tre &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e, comme pas vers le salaire &#224; vie. On n'y arrivera pas. Nous n'arriverons &#224; construire une majorit&#233; sur la g&#233;n&#233;ralisation de la cotisation salaire que si nous avons eu une solidarit&#233; internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Romain &lt;/strong&gt; : je me r&#233;f&#233;rais &#224; un point : les retraites par capitalisation contre les retraites par r&#233;partition. C'est un point important car quand les retraites sont par capitalisation, soit on fait une rupture dans le mode de versement des pensions, soit il n'y a pas de synchronisation possible entre les mod&#232;les europ&#233;ens.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : L&#224;, je vais peut-&#234;tre vous surprendre : je n'ai pas la statistique sur l'ex Europe de l'Est, mais dans toute l'Europe de l'ouest, la r&#233;partition repr&#233;sente 90% des pensions. Chez nous c'est un peu au-dessus de la moyenne, mais pas beaucoup. En France, les sommes affect&#233;es aux retraites, c'est 97% de r&#233;partition et 3% capitalisation. En Allemagne c'est peut-&#234;tre 92/8 et dans toute l'Europe occidentale, c'est 90/10. Le seul pays de l'Europe occidentale dans lequel la capitalisation repr&#233;sente la moiti&#233; des pensions, mais pas plus que la moiti&#233;, c'est la Suisse. Faisons donc extr&#234;mement attention : la question n'est pas de d&#233;fendre la r&#233;partition contre la capitalisation, c'est un faux probl&#232;me. La r&#233;partition n'est pas du tout anticapitaliste en soi. Si vous prenez l'AGIRC ARRCO, ou la partie compl&#233;mentaire de la CARMF : chacun a un compte qui comptabilise toutes ses cotisations de carri&#232;re, et qui est liquid&#233; en rente viag&#232;re au moment de l'entr&#233;e en retraite. Il n'y a pas d'&#233;pargne, ce sont des comptes notionnels comme on dit. Aucune classe dirigeante dans le monde n'est en effet assez folle pour fonder la pension sur la capitalisation, cela ne marche pas. Parce que la somme qu'on va toucher en pension va d&#233;pendre exclusivement de la valeur des titres des fonds de pensions le jour o&#249; on prend sa pension. C'est la loterie permanente. Donc aucune classe dirigeante n'a comme projet la capitalisation : une certaine forme de r&#233;partition est coh&#233;rente avec la production capitaliste. Comptabiliser dans un compte notionnel toutes les cotisations de la carri&#232;re nous dit ceci : je ne produis de la valeur que quand j'ai un emploi donc quand je me soumets au march&#233; du travail, quand je produis de la valeur pour un actionnaire, mais je ne consomme pas tout, j'en affecte une partie &#224; la solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle, c'est-&#224;-dire qu'une partie de mon salaire va aller &#224; la pension des retrait&#233;s actuels, car nous sommes en r&#233;partition. Donc je suis solidaire des retrait&#233;s qui sont des braves gens mais qui ne sont pas productifs, pas de chance pour eux, il faut que ce soit moi qui produise la valeur correspondant &#224; leur pension, sans contrepartie. Il y aura une contrepartie, mais plus tard : quand je serai moi-m&#234;me hors emploi donc non productif, je b&#233;n&#233;ficierai de la solidarit&#233; des actifs &#224; la mesure de ma contribution (on retrouve le &#171; revenu contributif &#187; de Stiegler) quand j'&#233;tais actif. &#171; J'ai cotis&#233;, j'ai droit &#187; : je viens de vous donner l'id&#233;al CFDT de nos pensions par r&#233;partition, celui de nos adversaires, le MEDEF &#233;videmment, les partis de droite et d'extr&#234;me droite, le PS, les Verts, bref tous ceux qui organisent et soutiennent la r&#233;forme des retraites&#8230; Mais aussi, h&#233;las, de leurs opposants, qui &#233;chouent pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils partagent avec nos adversaires le r&#233;cit capitaliste de la solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ont cr&#233;&#233; les communistes en 1945 ? Pas du tout &#231;a, pas &#171; j'ai cotis&#233; j'ai droit &#187;, pas du tout la solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle. Avec la solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle, nous sommes dans la pratique capitaliste du travail et de la valeur : je ne produis de la valeur que lorsque je me soumets &#224; un employeur, en dehors de cela je d&#233;pense. Les fonctionnaires de la fonction publique hospitali&#232;re d&#233;pensent, ils ne produisent pas. Les retrait&#233;s d&#233;pensent, ils ne produisent pas. Les ch&#244;meurs d&#233;pensent, ils ne produisent pas. Etc. C'est la pratique et la d&#233;finition capitalistes de la production : on ne produit que si on met en valeur du capital, le reste du temps on ne produit pas, on est utile. On aura des tas de discours sur l'utilit&#233; sociale des retrait&#233;s, des soignants, on va les caresser dans le sens du poil. Mais on nie qu'ils soient productifs. Et cela se fait en r&#233;partition. La r&#233;partition est une technologie qui en soi est neutre, elle n'est pas en soi anticapitaliste, elle peut &#234;tre parfaitement capitaliste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre cela, qu'institue le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de 1945 ? A un &#226;ge politique, 60 ans (ou 55 ans lorsque l'ordonnance de 1982 a rendu possible la retraite &#224; 60 ans sans d&#233;cote pour ceux qui avaient une carri&#232;re compl&#232;te) j'ai droit au maintien &#224; vie de mon meilleur salaire. C'est-&#224;-dire que le Parti Communiste s'est inspir&#233; de la fonction publique. Dans la fonction publique d'Etat il n'y a pas de cotisation, il n'y a pas de caisse, pas de &#171; j'ai cotis&#233; j'ai droit &#187;, il n'y a rien de tout cela. Il y a un droit politique au salaire li&#233; &#224; la personne parce que c'est le grade qui est pay&#233;. Et donc, jusqu'&#224; la mort mon salaire est continu&#233;. C'est ce mod&#232;le-l&#224; que les communistes mettent en place avec le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral. Et qui va &#234;tre combattu &#224; mort par le patronat, le parti socialiste, le MRP, la droite, la CFTC, FO&#8230; Prolonger ce combat-l&#224;, c'est nous battre pour la retraite &#224; 55 ans (c'est d&#233;j&#224; bien tard &#224; mon avis) &#224; 100% du meilleur salaire, le salaire des six meilleurs mois comme dans la fonction publique, quelle que soit la dur&#233;e de cotisation (cela c'est une revendication qui n'a pas &#233;t&#233; pos&#233;e par la CGT et qu'il importe de populariser). Si on se bat pour la retraite &#224; 55 ans avec &#224; vie le meilleur salaire quelle que soit la dur&#233;e de cotisation, on pose clairement que la contrepartie en valeur de la pension, c'est le travail actuel des retrait&#233;s. Et qu'il n'y a aucune raison de comptabiliser leur travail pass&#233; pour un pr&#233;tendu revenu diff&#233;r&#233; en fonction de leur contribution pass&#233;e, dans une logique de revenu contributif &#224; la Stiegler, ou de compte personnel d'activit&#233;. Le salaire comme droit politique s'exprime donc d&#233;j&#224; dans la r&#233;partition mais il s'agit ici de la r&#233;partition anticapitaliste d&#232;s lors qu'elle finance un droit au salaire sans contrepartie en cotisations pr&#233;alables. Et si vous dites que la retraite c'est un droit au salaire sans contrepartie en cotisations pr&#233;alables, parce qu'il reconna&#238;t la contribution actuelle des retrait&#233;s &#224; la production non capitaliste de valeur, vous allez pouvoir &#234;tre audibles aupr&#232;s des jeunes, qui eux n'ont jamais cotis&#233;, vous allez leur dire &#171; Vous avez droit au salaire &#224; vie, d&#232;s maintenant. Votre droit au salaire n'est pas li&#233; &#224; une contribution pass&#233;e ou future, votre droit au salaire est un droit politique qui postule que vous produisez de la valeur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Quentin, 25 ans, travaille dans une boite d'experts en assurances &lt;/strong&gt; : Nous autres, en tant que classe r&#233;volutionnaire, en tant que sujets politiques, qu'est-ce qu'on attend ? j'ai l'impression que m&#234;me si cette classe r&#233;volutionnaire s'est d&#233;j&#224; constitu&#233;e par le pass&#233;, et a commenc&#233; &#224; amorcer toutes les avanc&#233;es dont on parle depuis tout &#224; l'heure, j'ai l'impression qu'il y a quand m&#234;me un constat d'&#233;chec qui persiste aujourd'hui et que l'on prend la pente inverse &#224; nouveau depuis 25 ou 30 ans. Je pense que faire de l'&#233;ducation populaire c'est super bien mais cela n'a qu'un faible impact par rapport &#224; cette soci&#233;t&#233; du spectacle qui est face &#224; nous. Et qu'est-ce qu'on fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Pauline, 27 ans &lt;/strong&gt; : Je suis bien &#233;videmment d'accord qu'il faudrait globalement que les salari&#233;s &#224; vie de l'h&#244;pital public l&#232;vent la t&#234;te, soient fiers et cessent de se plaindre. Mais pour arriver &#224; cette preuve par l'exemple, dont on est tr&#232;s loin aujourd'hui, comment vous envisagez d'agir concr&#232;tement et de faire ce chemin qui ferait que les gens soient fiers et que l'on puisse dire que les salari&#233;s &#224; vie de l'h&#244;pital public sont un bon exemple de salaire &#224; vie et cessent d'&#234;tre pessimistes. Parce que globalement aujourd'hui tout le monde est pessimiste et se plaint plus que n'est fier de son utilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : C'est pour cela que j'insiste sur la responsabilit&#233; des fonctionnaires et des lib&#233;raux de sant&#233;. Lorsque l'on a un statut qui nous lib&#232;re du capital (pas compl&#232;tement &#224; cause de Sanofi, &#224; cause de la G&#233;n&#233;rale de sant&#233;&#8230;) on a une responsabilit&#233; de dire : &#171; C'est nous qui d&#233;cidons &#187;, on a une responsabilit&#233; de d&#233;l&#233;gitimer la DRH, d&#233;l&#233;gitimer en permanence les formulaires qu'il faut remplir qui remplacent la clinique par des protocoles, il faut d&#233;l&#233;gitimer en permanence la direction aux ordres de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233;. En permanence, car ces gens-l&#224; n'ont aucune l&#233;gitimit&#233;. C'est fondamental. Nous devons passer &#224; l'&#233;lection des hi&#233;rarchies. Il faut des hi&#233;rarchies qui assurent le fonctionnement du travail collectif, penser qu'on peut s'en passer est aberrant, mais elles peuvent &#234;tre &#233;lectives, tournantes etc. Quand on fait des tracts, il faut s'adresser non pas &#224; des usagers en leur disant &#171; le service public est en danger &#187;, mais &#224; des travailleurs en leur disant : &#171; vous avez comme nous droit au salaire &#224; vie &#187;. Il faut engager la bataille pour la g&#233;n&#233;ralisation du salaire &#224; vie et non porter en berne le statut de fonctionnaire. Il y a beaucoup de b&#233;n&#233;fices secondaires &#224; la plainte, il faut arr&#234;ter la d&#233;lectation morose dans laquelle nous sommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;AA &lt;/strong&gt; : Je pense que vous &#234;tes porteur de solutions, contrairement &#224; d'autres qui sont porteurs uniquement de d&#233;nonciation et qui contribuent &#224; cette morosit&#233; ambiante. Mais, &#224; un moment donn&#233; quand on y croit, &#224; ces solutions, et qu'on voit qu'il y a tr&#232;s peu d'actions impactantes, cela nous rend morose aussi. Qu'est-ce qu'on fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : S'il y a tr&#232;s peu d'actions impactantes, elles pourraient l'&#234;tre &#224; certaines conditions. Vous avez des milliers d'initiatives alternatives aujourd'hui dont sont porteurs les jeunes. Si au lieu d'&#234;tre dans l'id&#233;e &#171; Vous allez voir on va s'en tirer, je veux r&#233;cup&#233;rer tout mon travail et ne vivre que du produit de mon travail &#187;, si au lieu de cet id&#233;al aberrant (on ne peut jamais vivre du produit de son travail), on acceptait la n&#233;cessit&#233; de socialiser. Que la valeur ajout&#233;e de toutes ces entreprises se socialise dans des caisses. On n'arrivera pas au niveau du tiers de la masse salariale qu'ont obtenu les communistes en 1946 mais cela aurait d&#233;j&#224; un sacr&#233; impact si tous les lieux alternatifs, au lieu de chercher &#224; se payer sur leur chiffre d'affaires d&#233;cidaient de mettre en commun leur valeur ajout&#233;e dans une cotisation salariale qui permette de faire une p&#233;r&#233;quation avec les bo&#238;tes &#224; faible productivit&#233; et les bo&#238;tes &#224; forte productivit&#233; ou dont le march&#233; est porteur. C'est ce que fait la S&#233;cu, c'est pour cela qu'il y a un taux unique. C'est fondamental le taux unique. Pour faire une p&#233;r&#233;quation des rentabilit&#233;s diff&#233;rentes. Si s'ajoutent &#224; cela tous les retrait&#233;s, les gens comme moi : plut&#244;t que de faire du non marchand comme je fais ce soir, si je me faisais payer pour faire cela dans une coop&#233;rative qui fait de l'&#233;ducation populaire payante, je ne me ferais pas payer moi puisque je le suis par la caisse de S&#233;curit&#233; sociale, du coup ma coop&#233;rative n'aurait pas &#224; me payer, et c'est autant qui pourrait aller dans une cotisation. Nous sommes 15 millions de retrait&#233;s dont la moiti&#233; au moins sont des gens qui ont un salaire &#224; peu pr&#232;s suffisant pour vivre et qui ont une exp&#233;rience professionnelle, qui ne sont pas d&#233;cid&#233;s &#224; passer leur vie au mus&#233;e Picasso, et qui ne veulent pas non plus &#234;tre dans cet esp&#232;ce de b&#233;n&#233;volat o&#249; on leur dit qu'ils sont bien gentils mais bon&#8230;des retrait&#233;s donc qui veulent exprimer leur participation au bien commun &#224; la hauteur de leur qualification. Ils ont un salaire &#224; vie pour faire cela. S'ils mettaient leurs qualifications &#224; la disposition de toutes les initiatives alternatives &#224; la production capitaliste, vous imaginez la dynamique &#224; laquelle ils vont s'associer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Arnaud, ch&#244;meur &lt;/strong&gt; : Je reviens un peu sur la m&#234;me question : se battre, se battre&#8230;oui. Vous par exemple, vous avez souvent un auditoire comme ici qui est d&#233;j&#224; r&#233;ceptif au discours&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Non pas totalement. Vous savez c'est un combat consid&#233;rable que de sortir de la religion capitaliste, nous l'avons jusque dans les pores&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Arnaud &lt;/strong&gt; : Laissez-moi vous expliquer. Les seuls m&#233;tiers que j'ai exerc&#233;s c'&#233;tait de la manutention, j'&#233;tais au contact avec des gens qui avaient les salaires les plus bas, au SMIC etc. J'essayais de discuter avec eux, de leur dire ce que je crois etc. J'&#233;tais tout de suite un fou sectaire. Voire on m'insultait, j'&#233;tais dangereux, nocif. J'ai fini en d&#233;pression. Maintenant &#231;a va mieux, je suis au ch&#244;mage&#8230;Mais j'aimerais faire avancer les choses. Je ne crois pas au grand soir, j'aimerais juste apporter quelques bribes mais c'est quand m&#234;me difficile.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Vous avez raison, je m'adresse &#224; un &#233;chantillon biais&#233; de gens qui ne sont pas forc&#233;ment d'accord mais qui sont pr&#234;ts &#224; entendre. Alors que ce que vous dites l&#224; est une exp&#233;rience quotidienne, de gens qui disent &#171; J'en ai chi&#233;, qu'ils en chient ! &#187; etc. Ou qui ne croient pas possible d'&#234;tre sans patron. Il y a une int&#233;riorisation de la domination qui est &#233;norme, je suis d'accord. Raison de plus pour que ceux qui ne sont pas sur ce trip-l&#224; s'organisent. Les communistes &#233;taient organis&#233;s, ce n'&#233;tait pas le joyeux foutoir des collectifs, c'&#233;tait une organisation. Avec toutes les tares d'une organisation stalinienne mais une organisation, avec une capacit&#233; pr&#233;cis&#233;ment &#224; porter des propositions qui aient un &#233;cho national. C'est ce qu'il faut que nous construisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;V&#233;ronique, comptable dans le priv&#233;&lt;/strong&gt; : Je veux rebondir sur ce que vous &#233;tiez en train de dire quand vous parliez d'organisation, je me disais que peut-&#234;tre des outils p&#233;dagogiques pourraient &#234;tre int&#233;ressants &#224; transmettre &#224; tous ceux qui ont envie de parler. Des outils p&#233;dagogiques de formation qui expliqueraient, parce que pour nous qui ne maitrisons pas le sujet, c'est pas toujours &#233;vident de l'expliquer &#224; l'autre, alors que peut-&#234;tre s'il y a des films, des sch&#233;mas, qui passent en 3 minutes, 5 minutes&#8230;cela peut aider et cela peut faire un d&#233;clic.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Bienvenue &#224; r&#233;seau salariat ! Il faut construire des outils p&#233;dagogiques, utiliser le net, car c'est un mode de socialisation politique de la jeunesse, incontestable. La remarquable vid&#233;o d' Usul sur le salaire &#224; vie a un &#233;cho consid&#233;rable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Olivier, m&#233;decin hospitalier&lt;/strong&gt; : Vous avez bien expliqu&#233; que les cotisations &#233;taient proportionnelles, est-ce que ce ne serait pas plus juste que les cotisations des salari&#233;s soient progressives ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Je suis pour supprimer tout imp&#244;t et toute cotisation &#224; la personne. Parce que ce n'est pas &#231;a la citoyennet&#233;, sinon Madame Bettancourt est plus citoyenne que moi puisqu'elle paye plus d'imp&#244;ts tandis qu'on suspecte celui qui ne paye que la TVA d'&#234;tre un assist&#233;. L'imp&#244;t sur le revenu a &#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif dans la construction des d&#233;mocraties. Je crois qu'aujourd'hui c'est un obstacle. Si c'est par ma contribution par mes revenus &#224; la d&#233;pense publique que j'exprime ma contribution au bien commun, nous sommes dans la pratique capitaliste du travail et de la production de valeur. Nous avons vu qu'au contraire la sant&#233; ne rel&#232;ve pas (&#224; l'exception du m&#233;dicament h&#233;las) de la d&#233;pense publique, mais d'une production alternative &#224; la production capitaliste. Il s'agit de fonder la citoyennet&#233; sur le fait que je participe &#224; la production, non pas sur le fait que j'ai des revenus dont je vais donner une partie &#224; des improductifs utiles tout en alimentant la lecture capitaliste du r&#233;el. Je ne suis pas citoyen parce que j'ai des ressources dont une partie va &#224; la solidarit&#233; &#224; la mode capitaliste, &#171; j'ai et tu n'as pas alors je suis solidaire de toi &#187; La citoyennet&#233; anticapitaliste que nous devons construire et que nous avons commenc&#233; &#224; construire, c'est celle qui nous pose comme solidaires parce que coresponsables de la production. Non pas solidaire parce que tu n'as pas d'emploi, il te manque quelque chose et moi qui ai je verse une cotisation ou un imp&#244;t, je suis solidaire : cette solidarit&#233;, il faut que nous apprenions &#224; nous en d&#233;faire pour la remplacer par une toute autre solidarit&#233; : je suis solidaire de toi parce que nous sommes coresponsables de la production de valeur. Et cette coresponsabilit&#233; de la production de valeur s'exprime dans la copropri&#233;t&#233;, dans la pratique de la cod&#233;cision, dans le fait que l'on affecte la valeur ajout&#233;e &#224; des cotisations, qu'on socialise toute la valeur. L&#224; nous entrons dans une toute autre citoyennet&#233;. Je ne suis pas citoyen parce que je paye des imp&#244;ts, je suis citoyen parce que je suis coresponsable de la production de valeur. Et c'est tr&#232;s urgent d'en arriver &#224; &#231;a. Parce que nous avons un &#233;puisement de la citoyennet&#233; quand elle est r&#233;duite au droit de suffrage : &#224; quoi bon voter puisqu'on a une esp&#232;ce de concours quinquennal de beaut&#233; entre le m&#234;me et le m&#234;me ? Il s'agit que la citoyennet&#233; s'enrichisse et change de lieu, et que nous nous battions pour le salaire comme droit politique, pour que les entreprises mutualisent leur valeur ajout&#233;e, ce qui rendra inutiles l'imp&#244;t et la cotisation pay&#233;s par les individus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Olivier &lt;/strong&gt; : Je suis un peu inquiet pour mon salaire de m&#233;decin public. D'o&#249; viendra mon salaire ? Pour le moment, dans le concret, il vient des cotisations sociales.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : C'est ce dont je parle : tous les salaires doivent venir d'une cotisation pay&#233;e par les entreprises sur leur valeur ajout&#233;e. Celle qui vous paye comme m&#233;decin, elle n'est pas aliment&#233;e par votre cotisation puisque celle-ci est financ&#233;e&#8230; par la cotisation qui va &#224; la caisse d'assurance-maladie. C'est une fiction, la cotisation que vous payez. Vous payez une cotisation qui est financ&#233;e par la cotisation. Un fonctionnaire paye l'imp&#244;t qui est financ&#233; par l'imp&#244;t, c'est une fiction absolue. Arr&#234;tons de dire que comme m&#233;decin vous payez des cotisations, vous ne payez rien du tout. C'est cette nouveaut&#233;-l&#224; qui est passionnante et qui doit devenir le fait de tout le monde. Il faut arr&#234;ter de lire avec les yeux du capital les innovations que nous avons faites qui sont consid&#233;rables : nous devons percevoir un salaire net de tout imp&#244;t (y compris sur la consommation) et de toute cotisation, la valeur ajout&#233;e des entreprises &#233;tant affect&#233;e &#224; une cotisation salaire pour le paiement des salaires &#224; vie et &#224; une cotisation &#233;conomique pour la subvention des investissements et pour les frais de fonctionnement courant des services publics gratuits.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;J&#233;r&#244;me, m&#233;decin et r&#233;dacteur&lt;/strong&gt; : Je voulais pousser un peu ton mod&#232;le, dans le domaine de la sant&#233;, en le comparant &#224; celui des Anglais. Pas celui des Anglais juste maintenant mais celui des Anglais des ann&#233;es de 1945 &#224; 1970 ou 1980. En quoi le syst&#232;me se diff&#233;rencie-t-il parce que les m&#233;decins g&#233;n&#233;ralistes y sont pay&#233;s &#224; leur qualification par un salaire, il y a un service public qui est organis&#233; avec le National Health Service qui n'est pas si mal que &#231;a, qui aboutit &#224; une sant&#233; publique qui est plut&#244;t meilleure qu'en France, une r&#233;sistance face &#224; l'industrie pharmaceutique, bien qu'elle soit aussi pr&#233;sente, qui est plut&#244;t plus grande parce que les march&#233;s sont r&#233;gionalis&#233;s. Et donc finalement n'est-ce pas le mod&#232;le que tu d&#233;fends ou comment il s'en distingue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Je suis enti&#232;rement d'accord avec toi et merci de faire cette distinction. Vous avez ce magnifique film documentaire de Ken Loach &#171; L'esprit de 45 &#187; qui a &#233;t&#233; l'objet d'une soigneuse censure m&#233;diatique et qui montre comment Bevan, contre le reste de ses coll&#232;gues du Labour alors au pouvoir en Angleterre, a mis en place non seulement le National Health Service mais &#233;galement un habitat social tr&#232;s en avance sur le n&#244;tre. Ce film montre toute la dynamique qui a construit le National Health Service Je suis d'accord que globalement ce qui se construit &#224; l'&#233;poque s'apparente &#224; ce que je pr&#233;conise. Ensuite, comme tu le dis tr&#232;s justement, cela a beaucoup boug&#233; depuis 40 ans. Le mouvement populaire anglais est dans la m&#234;me situation que le n&#244;tre : nous n'assumons plus les institutions r&#233;volutionnaires que nous avons mises en place. M&#234;me si les Anglais sont extr&#234;mement attach&#233;s au NHS, ce qui montre combien un moment r&#233;volutionnaire, m&#234;me bref et d&#232;s le d&#233;part tr&#232;s combattu, et &#224; terme mal port&#233; par ses promoteurs, peut cr&#233;er une institution durable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;J&#233;r&#244;me &lt;/strong&gt; : Et donc les m&#233;decins lib&#233;raux fran&#231;ais ne ressemblent pas beaucoup aux m&#233;decins salari&#233;s anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Qui sont par ailleurs en moyenne mieux pay&#233;s qu'eux&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;J &lt;/strong&gt; : Oui, tout &#224; fait. Mais ta remarque tout &#224; l'heure sur les lib&#233;raux disant que finalement c'&#233;tait un tr&#232;s beau syst&#232;me qu'il fallait mettre en valeur, elle ne tient pas tout &#224; fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Oui et non. J'ai r&#233;cus&#233; d'embl&#233;e le secteur 2, et ai dit par ailleurs que l'exercice lib&#233;ral doit bouger dans deux sens : suppression du paiement &#224; l'acte pour achever le mouvement vers la gratuit&#233; d'acc&#232;s au service du soignant, et surtout remplacement du paiement du soignant par le nombre d'actes (ou de patients, ou selon la pathologie des patients, tout cela ne sont que des variantes assez accessoires) par un paiement &#224; la qualification. Mais j'ai insist&#233; sur le grand int&#233;r&#234;t de ce mod&#232;le qui institue un mode salarial d'exercice ind&#233;pendant. Etre salari&#233;, c'est-&#224;-dire &#234;tre titulaire d'un salaire &#224; vie li&#233; &#224; une qualification personnelle, est tout &#224; fait compatible avec un statut professionnel d'ind&#233;pendant. Et ta remarque me pousse &#224; compl&#233;ter ce que j'ai dit : dans le mod&#232;le du salaire &#224; vie, on peut &#234;tre ind&#233;pendant pour produire aussi bien des biens et services &#224; prix que des biens et services gratuits. Nombre de travailleurs ind&#233;pendants, pay&#233;s par un salaire &#224; la qualification, vont continuer &#224; produire des biens &#224; prix : il est important que le march&#233; r&#233;gule l'activit&#233; dans la plupart des secteurs. Mais dans les secteurs que nous d&#233;cidons mieux assum&#233;s de mani&#232;re non marchande, comme la sant&#233;, nous faisons la preuve que des biens et services d'acc&#232;s gratuit peuvent &#234;tre produits, eux aussi, par des travailleurs ind&#233;pendants : la gratuit&#233; n'implique pas n&#233;cessairement la fonction publique. Je pense qu'on peut se trouver d'accord.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;J &lt;/strong&gt; : Juste pour pousser parce que tu rentres l&#224;-dedans. Tu sais bien le probl&#232;me de la sant&#233;, on peut faire des tas d'innovations, m&#234;me au niveau social. Mais parfois ceux qui payent le co&#251;t des innovations, m&#233;dicamenteuses, techniques etc, ce sont les patients. Ce n'est pas ceux qui prennent la d&#233;cision qui payent le co&#251;t. Notamment en termes de r&#233;gression des soins. Attention dans un nouveau mod&#232;le &#224; bien prendre en compte la qualit&#233; des soins. Parce que si le nouveau mod&#232;le est int&#233;ressant en soi, mais qu'il produit des soins de plus pi&#232;tre qualit&#233; je ne suis pas s&#251;r que ce soit un progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;BF &lt;/strong&gt; : Je ne connais pas assez la qualit&#233; des soins du NHS au lendemain de la guerre, quand il fonctionnait sur un mode int&#233;ressant. Du point de vue &#233;pid&#233;miologique on a quand m&#234;me des &#233;l&#233;ments : l'esp&#233;rance de vie par exemple augmente &#224; beaucoup moindre co&#251;t que dans un dispositif m&#234;me &#224; la fran&#231;aise, qui est &#224; 12% du PIB contre 9% au Royaume Uni avec une esp&#233;rance de vie qui n'est pas plus faible. Mais beaucoup de travaux montrent que l'esp&#233;rance de vie ne d&#233;pend pas plus de la m&#233;decine que d'autres choses. Je ne suis pas assez comp&#233;tent pour parler de cela. En tout cas, pour faire &#233;cho &#224; ce que tu viens de dire, la copropri&#233;t&#233; d'usage de l'outil de travail doit concerner non seulement les professionnels mais aussi les usagers. Dans &#171; Emanciper le travail &#187;, mon dernier ouvrage d'entretiens avec Patrick Zech, il y a des &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion sur la d&#233;cision en situation de copropri&#233;t&#233; d'usage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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