Visualiser, ressentir pour se réparer Cordel N°65

samedi 11 janvier 2020
par  Outils du soin
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Visualiser, ressentir pour se réparer

Aujourd’hui, pour soigner le corps comme pour soigner des difficultés psychiques, certains soignants proposent aux patient·es d’utiliser davantage leur imaginaire, de recourir à des sensations corporelles pour se réparer. En quoi cela consiste-t-il ? Comment cela peut-il aider ?

Un contexte culturel ancien

En Occident, les philosophies et les religions nous ont laissé en héritage une vision du monde où l’homme et la femme sont séparé·es de la nature et coupé·es en deux entre leur corps et leur esprit. Alors que dans d’autres cultures, dans d’autres sociétés, l’homme et la femme font partie de la nature au même titre que les autres créatures et l’ « âme », l’esprit sont incarnés dans le corps, indissociables de lui.

L’apport des neurosciences

Quand on voit quelqu’un avoir une forte émotion ou bouger, les mêmes zones du cerveau s’activent chez nous, comme si l’on était ému soi-même, pareil quand on bouge. Ce phénomène relève entre autres de l’activité des "neurones miroirs", qui sont très utiles dans les processus d’apprentissage. Un autre type de neurones (visuo-moteurs) intervient dans le mouvement et son apprentissage, ce sont les "neurones canoniques". Ils s’activent à la simple vue d’un objet saisissable par le mouvement de la préhension de la main sans même avoir besoin que cette action soit réalisée par la suite. C’est le même neurone qui code un mouvement donné et la visualisation de ce mouvement.
Ces interactions puissantes et inconscientes peuvent être utiles dans le soin, comme dans les techniques psycho-corporelles ( sophrologie, hypnose, rééducation par les mouvements oculaires ...)

Les limites de ces techniques

Les insuffisances de la médecine, le manque de temps, d’attention, de considération, les positions parfois arrogantes, la primauté donnée au médicament, tout cela suscite une envie d’autres choses chez les patients. Pour y répondre, beaucoup de formations se sont développées, proposées aux médecins et aux non médecins.
Cela peut être un progrès mais peut aussi ouvrir la porte à des abus pour exercer un pouvoir / une emprise, parfois uniquement dans un but lucratif. Il est donc important de s’assurer du sérieux des praticiens rencontrés.

Le ressenti intérieur dans le soin physique

Dans la rééducation, lorsque, par exemple, il y a une fracture d’un membre, l’articulation est souvent perçue comme figée par le patient, à cause de la douleur et de la peur.
C’est important de rassurer, d’expliquer comment est constituée cette articulation, ses éléments anatomiques et leur physiologie. Il est utile de proposer d’abord à la personne de bouger le côté sain afin de réaliser toutes les possibilités de ses articulations. Du côté du membre lésé, il faut visualiser, fermer les yeux, imaginer les mouvements comme ils se faisaient avant, se voir étendre le bras qui est immobilisé. Cela entretient « L’image motrice ». C’est un regard intérieur qui sollicite la partie du cerveau responsable du mouvement. C’est l’image du mouvement que nous gardons
en mémoire. Il permet lorsqu’il est utilisé pour une rééducation, lors d’une immobilisation pour fracture, ou lors d’une paralysie centrale ou périphérique, une récupération étonnante et rapide, musculaire et articulaire.

Ressentir le déplacement du membre dans l’espace comme avant : « Je suis capable à partir de ma main, de mon bras qui s’étend de toucher la fenêtre. » Ressentir son corps, c’est aussi être disponible à ce qui se passe, pas juste être en train de le faire : « Je perçois, je suis présent·e dans ce ressenti intérieur ». C’est ce qui sollicite un sixième sens " la proprioception " , et permet de savoir où est notre articulation. Il faut aussi réintégrer ce membre dans une vision globale du corps qui donne une sensation de force et d’unité. 
Le mouvement n’est pas seulement le simple déplacement mécanique d’une partie d’un membre. Il s’est inscrit dans notre cerveau, avec une quantité de sensations,
de perceptions. Il se fait dans plusieurs dimensions. Il s’est construit dans la relation.
Le bébé avec ses parents et ses proches, dans la manière dont l’enfant est accueilli, porté, habillé, nourri.

Le soin psychique au travers des sensations et de la représentation d’un changement

Souvent les difficultés psychiques des patients, chagrins, peurs, colères, angoisses, tristesses, découragements inexpliqués sont liées à des vécus douloureux voire traumatiques d’autrefois. Pour aider la personne en souffrance, cela commence par la rencontre, pour que puisse s’établir une relation de confiance.
Il s’agit ensuite de partir à la recherche de ses ressources d’aujourd’hui, d’avant et même du futur, les souvenirs, les projets, la conscience de son corps. Cela peut se passer dans la discussion ou des moments d’exercices autour du corps, de la respiration et de l’attention au concret des sensations. Alors on peut imaginer un « lieu-refuge » où on est bien, lieu imaginaire ou lieu connu. Il s’agit de retrouver une confiance en soi, d’activer, de développer sa capacité à se projeter. L’idée, c’est aider le patient à trouver les sensations corporelles, images, sons, mouvements qui vont concrétiser « son plan d’évasion ».

La place du lien, de la rencontre

Pour oser imaginer un changement, une transformation, il est important d’avoir quelqu’un à ses côtés, thérapeute ou proche, qui s’engage, qui fait confiance à la créativité et à la capacité d’imaginaire et de poésie de chacun.

« Quand j’avais cinq ans, pendant que mes parents buvaient leurs coups, les uns derrière les autres, avec ma copine Ghislaine assise sur les marches de la maison je lui racontais que mon père avait été empereur de Chine et qu’il avait laissé là-bas tous ses trésors. Et ma copine, elle me croyait. »
Solo ma non troppo Quand j’avais cinq ans

« C’est au fur et à mesure que je détends tel ou tel muscle, que j’arrive à le poser dans telle ou telle position que j’arrive à me créer une intériorité et cette intériorité va me permettre de supporter les mouvements et de les faire et d’avoir des gains."
un patient cité par Isabelle Ginot In " Penser les somatiques avec Feldenkrais", L’Entretemps, 2014.

« J’avais pour amis Crusoé et Vendredi. A partir de ce moment, il y eut dans mon imagination un coin bleu, dans la prose de ma vie d’enfant battu la poésie des rêves, et mon cœur mit à la voile pour les pays où l’on souffre, où l’on travaille, mais où l’on est libre. »
Jules Vallès L’Enfant (découvrant le livre de Robinson Crusoé)

« Angela sait maintenant bouger chacune de ses vertèbres, indépendamment des autres. L’épine dorsale de l’être humain est une chose d’une sublime beauté, disait Line à ses élèves ;[…] c’est comme une fleur immense qui pousse en s’ouvrant peu à peu…, vos muscles contiennent le souvenir du mouvement ».
Nancy Huston La virevolte (qui met en scène une danseuse)

" L’homme éprouvé par l’image d’une chose passée ou future,
la même affection de Joie ou de Tristesse que par l’image d’une chose présente." Spinoza Ethique III, 18

Cordel écrit par le Collectif Outils du soin,
partage de savoirs en accès libre : Janvier 2020 Cordel n°65 
www.outilsdusoin.fr  
Comment sortir des phénomènes
de dissociation post traumatiques ?


Les traumatismes brutaux créent des sensations trop intenses
qui ont provoqué une dissociation : la partie du cerveau qui
enregistre les émotions se déconnecte du cerveau « rationnel »,
qui n’arrive plus à donner du sens à ce qui s’est passé.
Les sensations sont « retranchées »
hors conscience mais toujours là elles peuvent réapparaitre sans crier gare.
Aujourd’hui, certains chercheurs font l’hypothèse qu’il ne faut pas s’attarder
à faire raconter à répétition les traumas, mais aider à imaginer une sortie du trauma.
L’idée, c’est aider le patient à trouver peu à peu les sensations corporelles,
images, sons, mouvements qui vont concrétiser « son plan d’évasion ».

Comment sortir des vécus d’abandon, d’absence de sensation d’exister ?
Quand un enfant manque d’attention et de regard,
quand sa demande d’interactions ne rencontre pas d’interlocuteur,
l’enfant peut se sentir transparent, privé de la sensation d’exister
à l’intérieur de lui-même.
Pour réparer un manque de validations des sensations enfant,
il est précieux d’aider la personne à se connecter au concret
des sensations...

Formuler le mouvement
Que soit dans le soin physique ou psychique, il peut être très
aidant d’utiliser des mots qui permettent d’imaginer un déplacement.
Autant pour aider la personne à se déployer dans un mouvement,
qu’ à oser sortir de ses paralysies, de ses peurs.
Pour un patient, entendre qu’on peut pousser la porte,
sortir de prison, chausser des bottes de sept lieux,
aller dans le vaste monde peut permettre d’espérer
et de s’accorder le droit à la liberté, au plan d’évasion.
Un second souffle,
celui de la flûte avec mon corps


Il fallait rencontrer un très grand musicien,
jeune flûtiste surdoué, pour qu’une enfant timide
et asthmatique - comme moi - trouve sa parole,
faite de sons.

La flûte s’est alors imposée sans crier gare,
elle est devenue essentielle, une nouvelle partie
de mon corps.

La musique est venue par la flûte.
J’ai découvert le plaisir de poser le son sur mon souffle,
de le modeler, de lui accorder un caractère, d’utiliser
le poids, les muscles, mes sensations réelles et imaginaires
pour faire résonner mes deux instruments ainsi bien accordés :
mon corps et ma flûte.

Cette sensation d’essoufflement de départ, je l’ai mise
au service de la Musique. Je réussis à traduire je crois,-au-delà
des époques et des styles- la pensée de grands compositeurs
mais aussi jouer de simples thèmes de chansons ou improviser
au gré du vent.
Au fil du temps, j’ai trouvé une sorte de second souffle
et puis même si je n’arrive pas à finir mes phrases
notamment sur la grande flûte basse, j’ai appris la respiration continue
des souffleurs de verre…

Jouer de la flûte reste la plus belle aventure au cœur de moi-même.

Françoise, musicienne et professeur de flûte
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