Démocratie dans le soin et la santé

samedi 9 février 2019
par  Pierre Volovitch
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Suite à " l’appel des appels ", un commentaire de Pierre VOLOVITCH le 2 février 2019

http://www.appeldesappels.org/petition/index.php?petition=4

DEMOCRATIE DANS LE SOIN ET LA SANTE

Sur quel humus les « experts » sont-ils apparus ?
De quel pourrissement se nourrit la « curatelle technico-financière » ?
De quoi « l’évaluation comptable » prétend-elle occuper la place ?
Toutes les menaces dont souffrent les métiers du soin ont leur source dans la défaillance du débat démocratique.

Je partage ce constat exprimé dans la tribune publiée dans Libération du 8 janvier et repris sous forme de pétition par le « Conseil de l’Appel des appels ».

Mais si le constat est clair l’alternative demeure évanescente. « Réhabiliter la parole et le débat contradictoire » d’un peuple qui « est à construire ». Certes. Mais comment ?

Je n’ai pas de réponse complète. Je verse deux hypothèses au débat :
* Je travaillais sur les « syndicats face aux restructurations hospitalières ». Pour poser la question de la manière la plus concrète possible nous avions choisi, dans une même région, deux « restructurations ». L’une se déroulait sans problème. L’autre était l’objet de conflit dur et de divergences syndicales fortes. Au niveau régional un responsable de l’ARS nous avait expliqué qu’il faisait courir moins de risques aux patients en fermant un service d’Orthopédie et en leur imposant un trajet de plusieurs dizaines de kilomètre qu’en laissant ouvert un service où opérait un chirurgien « dangereux ». De retour sur le terrain nous avons donc posé la question : Y’a-t-il des problèmes dans ce service d’Orthopédie ? Certaines sections syndicales étaient fermement opposées à la restructuration en cours. D’autres sections syndicales étaient clairement favorables à la restructuration en cours. AUCUNE n’a voulu répondre à notre question. Nous n’avons RIEN su de ce qu’elles pensaient de la situation de ce service. Personne ne nous a dit que c’était une calomnie, personne ne nous a dit que c’était une (triste) réalité, personne ne nous a dit que la situation était certes problématique mais complexe. Personne ne nous a RIEN dit là-dessus.

Première Hypothèse : Il n’y a pas de Démocratie possible dans le domaine du soin et de la santé si « l’omerta » corporatiste n’est pas levée.
Oui cette « omerta » est une façon de se défendre contre les attaques que subissent les professionnels. Mais oui aussi cette « omerta » justifie – au moins à leurs yeux – les « experts ».
* J’ai voulu faire une enquête sur les rapports que les Organisations syndicales entretenaient avec les « Administrateurs » qui les « représentent » dans les Conseils d’Administration des CPAM. Il n’a pas été simple d’avoir l’accord des organisations syndicales. J’allais jeter un œil « dans » le moteur et elles n’aiment pas cela. Pour certaines le problème était plus complexe. On posait question : QUI représentent votre organisation dans les instances de la Sécu. Que savez-vous de l’activité de vos représentants ? Et certaines organisations réalisaient qu’elles ne savaient RIEN là-dessus… Comment les Syndicats français organisent-ils, en interne, le débat sur les questions de Santé et de protection sociale ? Quelle place donnent-ils dans ces débats aux personnes qu’ils envoient dans les instances de base de la Sécu ? Ont-ils mis en place des « formations » pour ces militants ? Nous connaissons la réponse. Les questions de santé et de protection sociale sont gérées au niveau confédéral par un tout petit groupe qui n’anime aucun débat dans l’organisation. Il y a, bien sûr, sur le terrain des militants qui prennent en charge, souvent de façon innovante, les questions de santé. Mais le lien entre ces (nombreuses) initiatives locales et les positionnements nationaux sont ténus.

Seconde hypothèse : Il n’y a pas de Démocratie possible dans le domaine du soin et de la santé s’il n’y a pas une prise en charge collective de cette question.
La (ou les) structure(s) qui prennent en charge la question peuvent être diverses. Les fondateurs de la Sécu avaient pensé aux syndicats, existait aussi la Mutualité, on a vu apparaître les associations de patients… Dans tous les cas il est nécessaire pour que le débat existe qu’il y ait du savoir (des lieux qui produisent du savoir, des outils qui rendent ce savoir disponible, un savoir nourri à la lumière (critique) de réalités étrangères, un savoir qui n’apporte pas un « vérité », mais qui a pour objectif de nourrir le débat). Il faut qu’il y ait de la mémoire (les débats sur les questions de santé ne surgissent pas de rien. Si la mémoire des débats et des luttes antérieures n’est pas transmise on risque de faire du sur-place). Il faut une capacité à intégrer les questions de soins et de santé dans des problématiques plus larges (La santé en amont du soin – Travail, Alimentation, Inégalités sociales de santé, Protection sociale et politiques économiques...).
Le débat démocratique sur les questions de santé ne s’improvise pas sur un coin de table. Il s’organise (avec toutes les questions que posent l’articulation Démocratie/Organisation)

Ces « hypothèses » sont sans aucun doute très loin d’embrasser l’ensemble des questions qui se posent. Il faut les compléter. Peut-être même en préféré d’autres…
Pour sortir de la « curatelle technico-financière » il faut « réhabiliter la parole et le débat contradictoire ». Le faire réellement. Et donc s’attaquer à la question : comment, concrètement, s’organiser.

Pierre VOLOVITCH
Le 2 février 2019


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